
Les mitochondries sont les centrales énergétiques de nos cellules. Sur le plan évolutif, il s'agirait de bactéries qui ont été intégrées dans des organismes plus complexes il y a des milliards d'années. Lorsque les mitochondries sortent des cellules, le système immunitaire les considère comme des corps étrangers et il monte une réponse contre celles-ci. Les anticorps qui ciblent les mitochondries, leur ADN ou leur ARN sont indicatifs de la trajectoire que prendra un lupus.
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Une équipe internationale, dirigée par Paul R. Fortin de l'Université Laval, vient d'identifier trois marqueurs qui permettraient d'établir, dès le moment du diagnostic, le risque qu'un lupus évolue vers une forme grave de la maladie. Les détails de cette avancée ont été présentés récemment par cette équipe dans la revue Annals of Rheumatic Diseases.
«Le lupus est aussi appelé la maladie aux mille visages parce qu'il n'y a pas deux cas identiques. Il existe plusieurs formes de lupus, dont la plus grave, le lupus érythémateux systémique, touche entre 0,5 et 1 personne sur 1000. La prévalence de cette maladie est 9 fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes», précise le rhumatologue Paul R. Fortin, qui enseigne à la Faculté de médecine de l'Université Laval et qui mène ses recherches au Centre de recherche ARThrite et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.
Chez les personnes atteintes de lupus systémique, le système immunitaire devient hypervigilant et il s'attaque à un ou plusieurs tissus ou organes dont la peau, les muscles, les articulations, le sang, les vaisseaux sanguins, les poumons, le cœur, le cerveau et les reins. Il n'existe pas encore de remède pour guérir cette maladie.
«Les médicaments disponibles servent à calmer la tempête inflammatoire qui se produit lors des flambées de la maladie, poursuit le chercheur. Il faut trouver le juste équilibre entre l'atténuation des symptômes et le maintien de la capacité du système immunitaire à défendre l'organisme contre les infections.»
Au moment du diagnostic de la maladie, les équipes soignantes ne savent pas quel organe risque d'être touché ni quelle sera la gravité des dommages. «Si nous avions ces informations, nous pourrions déterminer quel traitement est le plus adéquat dans chaque cas», résume Paul R. Fortin.
Des études antérieures menées par son équipe suggéraient que certains anticorps qui ciblent les mitochondries – les centrales énergétiques des cellules – étaient plus abondants chez les personnes atteintes de lupus systémique.
«En situation de stress ou de maladies, les mitochondries peuvent sortir des cellules et se retrouver dans la circulation sanguine, explique le chercheur. Le système immunitaire les considère alors comme des corps étrangers parce que les mitochondries ont conservé des caractéristiques proches des bactéries. Il produit donc des anticorps pour s'en débarrasser.»
Pour explorer cette piste, l'équipe de recherche a utilisé des données provenant d'un projet international, commencé en 1999, auquel participent 33 centres répartis dans 11 pays. «Nous avons mesuré les anticorps contre les mitochondries ainsi que les anticorps contre l'ADN et l'ARN mitochondriaux chez 1114 personnes, à l'aide d'échantillons de sang récoltés entre le moment du diagnostic et jusqu'à 7 ans plus tard, explique Paul R. Fortin. Nous avons continué de suivre ces patients par la suite, ce qui nous a permis de voir la trajectoire de leur maladie sur des périodes allant jusqu'à 21 ans.»
Les résultats des analyses montrent que les trois anticorps sont plus abondants chez les personnes atteintes de lupus que chez les sujets en bonne santé. De plus, le niveau de chacun de ces anticorps, tant au moment du diagnostic que subséquemment, peut être associé à certaines trajectoires de la maladie. Par exemple, des niveaux élevés d'anticorps contre l'ARN mitochondrial sont associés à des problèmes vasculaires chez les femmes, alors que des niveaux élevés d'anticorps contre l'ADN mitochondrial sont associés à des atteintes du rein et à la mortalité.
«Pour le moment, il n'existe pas de façon de prédire l'évolution d'un cas de lupus. Le doctorant Yann Becker, le professeur Éric Boilard et moi avons déposé une demande de brevet pour un test faisant appel aux anticorps contre les mitochondries qui pourrait nous aider à prédire la trajectoire de la maladie. Si ce test devenait un jour accessible aux équipes soignantes, ce serait un pas de plus vers une médecine de précision qui permettrait de personnaliser davantage les traitements offerts aux personnes atteintes de lupus.»
Les signataires de l'étude publiée dans Annals of Rheumatic Diseases associés à l'Université Laval sont Yann L.C. Becker, Éric Boilard, Emmanuelle Rollet-Labelle, Anne-Sophie Julien, Isabelle Allaeys, Joannie Leclerc, Tania Lévesque et Paul R. Fortin.

























