
Les personnes âgées qui se blessent en tombant ont peur de se reblesser. Elles limitent alors leurs activités, ce qui entraîne un déconditionnement physique qui, à son tour, accroît les risques de chutes et de pertes fonctionnelles. Les programmes d'exercices physiques, en plus d'aider au maintien de l'autonomie, aideraient à briser ce cercle vicieux.
— Getty Images/Ridofranz
Les personnes âgées qui se rendent à l'urgence en raison d'une blessure mineure en repartent souvent sans recommandations spéciales pour la suite des choses. Qu'arriverait-il si on leur prescrivait un programme d'exercices physiques afin de les aider à rester davantage autonomes dans leurs activités quotidiennes? C'est l'expérience qu'a réalisée une équipe de recherche du Québec et de l'Ontario, dirigée par la professeure Marie-Josée Sirois de l'Université Laval. Les résultats, publiés dans le Journal of the American Geriatrics Society, indiquent que cette approche produit des retombées très intéressantes sur le plan du maintien des capacités fonctionnelles chez une partie de ces personnes.
Au Canada, chaque année, environ 420 000 personnes âgées se rendent à l'urgence après avoir subi des blessures mineures, le plus souvent à la suite d'une chute. Du nombre, 75% retournent immédiatement à la maison, sans hospitalisation, après avoir été soignées.
«En moyenne, 17% de ces personnes devront composer avec un déclin de leurs capacités fonctionnelles au cours des 6 mois suivants. Nous avons voulu savoir si le fait de participer à un programme d'exercices physiques pouvait les aider à prévenir ce déclin», explique la professeure Sirois, de l'École des sciences de la réadaptation de l'Université Laval et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.
L'équipe de recherche a donc recruté plus de 800 personnes de 65 ans et plus qui s'étaient présentées à l'urgence d'hôpitaux canadiens à la suite d'un traumatisme mineur et qui étaient retournées chez elles, sans hospitalisation, après avoir été soignées. Parmi elles, 313 personnes ont reçu les soins et les conseils de suivi usuels (groupe témoin). Les 526 autres personnes ont été dirigées vers des organismes qui offraient des programmes d'exercices physiques, comme le programme PIED ou ÉquiLIBRE, dans le secteur où elles résidaient. Celles à qui cette formule ne convenait pas recevaient un programme d'exercices physiques à faire à la maison.
Pour chaque sujet, l'équipe a évalué l'autonomie fonctionnelle dans les activités de la vie quotidienne à trois reprises: avant l'intervention de 12 semaines ainsi que 3 mois et 6 mois plus tard. «Nous faisons appel à un outil qui permet de déterminer si les personnes sont autonomes pour des activités telles que se déplacer dans la maison, s'habiller, prendre son bain, préparer ses repas et faire des courses», précise la professeure Sirois.
L'évaluation menée au troisième mois a révélé un effet très positif dans le groupe des personnes préfragiles, soit des personnes qui commencent à perdre une partie de leurs réserves physiologiques. En effet, dans ce groupe, 12% des personnes qui ont suivi le programme d'exercices ont connu un déclin fonctionnel alors que ce pourcentage a atteint 25% dans le groupe témoin. «C'est une différence importante, commente la chercheuse. L'intervention permet de réduire de moitié le taux de déclin fonctionnel dans ce groupe de patients.»
Les résultats montrent toutefois que l'écart entre le groupe de personnes ayant suivi un programme d’exercices et le groupe témoin s'atténue avec le temps. «C'est normal considérant que les personnes blessées retrouvent progressivement leurs moyens, explique la professeure Sirois. L'intervention aide à accélérer la récupération, ce qui permet aux personnes de rester davantage autonomes dans leurs activités quotidiennes. Les gains sont surtout observables du côté des activités qui nécessitent de la mobilité.»
Selon la chercheuse, les programmes d'exercices physiques présenteraient aussi l'avantage d'atténuer le syndrome postchute. «Les personnes âgées qui se blessent en tombant ont peur de se reblesser. Elles limitent alors leurs activités, ce qui entraîne un déconditionnement physique qui, à son tour, accroît les risques de chutes et de pertes fonctionnelles. Le programme d'exercices physiques vient briser ce cercle vicieux.»
Ce projet de recherche a pris fin brusquement au début de la pandémie de COVID-19, signale la professeure Sirois. «Aujourd'hui, certains hôpitaux distribuent des feuillets d'information qui encouragent les personnes âgées à rester actives physiquement après un traumatisme mineur, mais rien de systématique n'a été mis en place. Dans un monde idéal, il vaudrait la peine de le faire.»
Les signataires de l'étude publiée dans le Journal of the American Geriatrics Society sont Marie-Josée Sirois, Joannie Blais, Laurence Fruteau de Laclos, Audrey Desjardins et Marcel Émond, de l'Université Laval, Pierre-Hugues Carmichael, du Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec, Mylène Aubertin-Leheudre, de l’Université du Québec à Montréal, Raoul Daoust, de l'Université de Montréal, Debra Eagles et Jeffrey Perry, de l'Université d'Ottawa, Jacques Lee, du Mount Sinai Hospital de Toronto, et Nancy Salbach, de l'Université de Toronto.

























