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Plus de 100 tonnes de déchets généraux, comme le plastique et le carton, sont jetées chaque année. De ce nombre, près de deux tonnes sont du matériel non utilisé. C'est l'un des principaux constats auquel arrive une équipe dirigée par le professeur Marc Journeault, spécialiste de l'économie circulaire et responsable du Centre de recherche en comptabilité et développement durable. Il a mené une étude pour le compte du ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, en collaboration avec Santé Québec, sur l'approvisionnement et la gestion des matières résiduelles.
Les résultats de l'étude reposent sur une analyse de flux de matières du parcours chirurgie-hospitalisation réalisée dans le bloc opératoire et une unité de chirurgie de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu de Québec, deux unités de soins générant des volumes importants de matières résiduelles.
L'équipe de recherche a calculé que ces deux unités consomment environ 137 600 kg de matières par année. Les plastiques représentent la principale catégorie d'intrants avec 52 000 kg, soit 38% du poids total. Les liquides (solutés, gelées, etc.) arrivent en deuxième position, totalisant 42 000 kg (30% du poids global), suivis par le carton (22 000 kg; 15% du poids total) et le papier (14 000 kg; 10% du poids global). «Nous avons estimé l'empreinte matière à 14 kg par intervention chirurgicale au bloc opératoire et à 4 kg par patient par jour à l'unité de chirurgie, pour un total d'environ 35 kg par patient sur l'ensemble du parcours chirurgie-hospitalisation», résume le professeur Journeault.
Malgré ce volume important, le professeur Journeault et son équipe ont observé qu'à l'heure actuelle, seuls les cartons de transport, les piles et le papier contenant des renseignements confidentiels sont récupérés, les deux unités de soin analysées ne disposant pas de collecte structurée pour récupérer les autres matières. Ils ont également noté que les objets jetés sans avoir été utilisés totalisent environ 2000 kg par année, ce qui représente une perte estimée à 225 000$. «Nous avons identifié diverses causes à l'origine de ce gaspillage, notamment l'utilisation de kits personnalisés, dont certains articles ne sont pas systématiquement employés, l'ouverture prématurée de matériel en amont des interventions chirurgicales qui se retrouve ultimement inutilisé, et l'accumulation de matériel médical non utilisé dans les chambres des patients hospitalisés dont on ne peut se servir pour d'autres patients, puisqu'ils sont considérés comme contaminés», explique le chercheur.
En extrapolant leurs données sur la base du nombre de jours d'hospitalisation dans l'ensemble du réseau de la santé, l'équipe a été en mesure de déterminer que les hôpitaux du Québec consomment annuellement une quantité très importante d'articles à usage unique, notamment 5252 tonnes de gants, 4810 tonnes de jaquettes et 2888 tonnes de masques. Il se consomme également plus de 169 millions de feuilles et d'enveloppes, soulignant du fait la persistance de l'utilisation du papier dans les processus administratifs hospitaliers.
À partir de ces résultats, l'équipe de recherche formule plusieurs pistes de réflexion incluant la réduction à la source et le meilleur tri des matières, une plus grande utilisation de matériel réutilisable, la numérisation des documents, l'amélioration des infrastructures de récupération, la nomination de responsables de la gestion des matières à l'échelle locale et provinciale, ainsi que le développement d'un approvisionnement écoresponsable structuré et de filières de récupération adaptées au milieu hospitalier.
«Nous sommes bien conscients que certains enjeux relatifs à la qualité et à la sécurité des soins limitent la récupérabilité de certains objets, notamment ceux qui entrent en contact avec les patients, explique Marc Journeault. Néanmoins, notre étude met en évidence l'ampleur des enjeux environnementaux, organisationnels et économiques liés à la consommation du matériel médical et à la gestion des matières résiduelles en milieu hospitalier et souligne l'importance d'actions concertées pour améliorer la performance environnementale du réseau de la santé tout en réalisant d'importantes économies. Sachant que la pollution a des impacts directs sur la santé humaine qui entraînent une hausse des soins, il devient incontournable d'adopter une approche globale où la considération de l'impact environnemental des soins de santé est au cœur des priorités du réseau», conclut Marc Journeault.
Consulter l'étude Analyse de flux de matières en milieu hospitalier (PDF)























