
Lors d'une sortie en nature, deux fillettes d'un CPE de la région de Québec examinent un escargot en train de se cacher à l'intérieur de sa coquille.
— Marie-Pierre Lajoie, UMR Petite enfance, grandeur nature.
Regarder des empreintes dans la glaise aux abords d'un ruisseau, voir croître jour après jour des graines que l'on a mises en terre pour les faire germer, reconnaître le chant de différentes espèces d'oiseaux, éprouver de la tristesse devant un papillon blessé à une aile, ou bien ramasser des déchets trouvés dans un boisé: pour un jeune enfant, il existe bien des façons de manifester sa sensibilité écologique. Mais encore.
Une étude réalisée à l'Université Laval jette un éclairage nouveau sur cette question. La chargée de cours au Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage, Émilie McKinnon-Côté, a consacré son mémoire de maîtrise à brosser un portrait de la sensibilité écologique de 223 enfants âgés de 2 à 5 ans. Ceux-ci avaient la particularité d'être inscrits dans un centre de la petite enfance (CPE) qui fait la promotion d'une approche pédagogique axée sur l'éducation par la nature. Vingt CPE ont participé au projet de recherche, les deux tiers dans la région de Québec. Les résultats de cette recherche ont été publiés en 2025 dans la revue savante Facteurs humains: revue en sciences humaines et sociales de l'Université Laval. Les coauteures de l'article sont la professeure Caroline Bouchard et la professionnelle de recherche Michèle Leboeuf, toutes deux rattachées au Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage.
«Nous avons étudié plus spécifiquement quatre dimensions, explique Émilie McKinnon-Côté: le plaisir en nature des enfants, la conscience qu'ils ont de celle-ci, le sentiment de responsabilité qu'ils ont à l'égard de la nature et leur empathie envers elle. Les données recueillies montrent que le plaisir ressort le plus, soit l'ensemble des émotions positives vécues lors d'un contact avec les éléments naturels, les animaux et les végétaux. Les enfants aiment particulièrement voir des fleurs sauvages dans la nature et ramasser des pierres et des coquillages. Ils aiment aussi jardiner et toucher les animaux.»
Un questionnaire a d'abord été soumis aux parents. Ensuite, les chercheuses ont mené des entretiens individuels auprès de 10 éducatrices en éducation par la nature. La présente étude s'appuie donc sur la perception des parents et du personnel éducateur et non sur les témoignages directs des enfants.
L'une des éducatrices relate son échange avec un enfant à propos d'une petite branche de sapin. «Un enfant a trouvé un petit bout de sapin dans une souche d'arbre, puis il voulait le ramener au local pour le faire pousser, raconte-t-elle durant l'entretien. Je lui ai dit: «Ah! Mais pourquoi est-il là?», puis, il a dit: «Bien, je ne sais pas, il a peut-être poussé là. [...] Il a peut-être perdu son papa?», «Oui, peut-être». Puis il a dit «Est-ce qu'on peut le ramener? [...] Je pourrais le mettre dans l'eau?». J'ai répondu: «Pourquoi le mettre dans l'eau?» «Parce qu'il pourrait continuer à pousser!». On l'a encore dans le local, ça fait presque un mois de ça. [...] L'enfant s'était installé avant la sieste avec une feuille et un crayon, il a pris son petit sapin et il l'a dessiné.»
L'émerveillement
Caroline Bouchard dirige l'Unité mixte de recherche Petite enfance, grandeur nature. Selon elle, l'idée derrière l'éducation par la nature est de contribuer au développement de futurs citoyens respectueux de la nature, «des citoyens écoresponsables par l'émerveillement», ajoute-t-elle. «Chez les petits, dit-elle, on est vraiment dans la capacité de s'émerveiller. Ils ne sont pas dans la conscience ou la responsabilité. Plutôt dans la curiosité.»
Le contact fréquent et prolongé avec la nature est une approche de plus en plus préconisée en maternelle 4 et 5 ans, et dans les CPE. Les environnements naturels pour les sorties en nature, au rythme de deux fois par semaine, sont multiples. Ce peut être un petit boisé adjacent à l'école ou la cour du CPE. Ce peut aussi être un champ. Le contact peut également se faire dans un parc ou un jardin communautaire. À l'intérieur des CPE, des cônes (cocottes), des roches, des rondins peuvent représenter le milieu naturel.
«Beaucoup d'apprentissages se font en chemin, indique Émilie McKinnon-Côté. En nature, le jeu libre est un élément important. C'est durant le jeu libre que l'enfant se développe le plus.»
L'Association québécoise des centres de la petite enfance propose aux CPE un cadre de référence sur l'éducation par la nature. Ce cadre contient huit principes interreliés et interdépendants. L'un d'eux porte sur une biodiversité riche. Un autre met l'accent sur une dynamique partenariale avec les parents. Le huitième et dernier principe met de l'avant l'éveil de la sensibilité écologique. Comment? «En créant un lien affectif entre l'enfant et la nature», soutient Émilie McKinnon-Côté.

























