
Les cellules de la rétine se forment à partir des mêmes cellules que celles du cerveau et du système nerveux central.
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Et si la rétine pouvait être utilisée comme marqueur biologique du trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)? Marc-André Dubois, récemment titulaire d'un doctorat en psychologie, a consacré son projet de recherche à valider une méthode simple et non invasive pour aider au diagnostic. «Actuellement, l'évaluation diagnostique repose sur des données subjectives et autorapportées, donc ça peut facilement être biaisé. En facilitant le dépistage, on va pouvoir agir plus tôt et de façon plus adaptée.»
Selon le chercheur, sous la direction des professeurs Marc Hébert, de la Faculté de médecine, et Simon Grondin, de l'École de psychologie, le TDAH est fortement associé à des variations des niveaux de dopamines, un neurotransmetteur, dans le cerveau. «Comme le cerveau n'est pas accessible, il fallait trouver une porte d'entrée différente», lance-t-il.
L'œil comme fenêtre du cerveau
Pourquoi la rétine? Il faut remonter au développement de l'embryon. «Des cellules du tube neural, qui vont devenir le cerveau et le système nerveux central, vont se séparer pour former la rétine de l'œil. Si les anomalies dopaminergiques sont présentes à ce stade, on pense que les cellules de la rétine vont en hériter et qu'on sera capable de les détecter au cours de la vie», explique Marc-André Dubois. Il précise que d'autres études du laboratoire de Marc Hébert, affilié au Centre de recherche CERVO, ont montré des résultats prometteurs pour la schizophrénie et les troubles bipolaires.
Pour son projet, Marc-André Dubois a utilisé l'électrorétinogramme pour mesurer l'activité électrique au niveau de la rétine auprès de deux échantillons de 25 personnes, un groupe contrôle et un groupe ayant reçu un diagnostic de TDAH.
Les personnes participantes avaient une électrode collée sur la peau, sous l'œil, et un appareil semblable à un casque de réalité virtuelle installé devant les yeux. Ce dernier envoyait plusieurs centaines de flashs lumineux, comme ceux d'un appareil photo, sur un écran blanc au fond de l'appareil. La réponse de la rétine à la lumière réfléchie était ensuite captée par l'électrode. Cette méthode a l'avantage d'être non invasive. «À titre d'exemple, on avait un participant qui venait juste d'avoir de jeunes enfants et qui était épuisé. Il n'arrêtait pas de s'endormir et je devais le réveiller entre chaque flash», raconte le diplômé.
Le signal électrique de la rétine se traduit en trois ondes. En comparant l'amplitude des ondes et leur délai d'apparition entre les personnes ayant un TDAH et le groupe contrôle, le chercheur a pu voir un profil se dégager.
Des résultats encourageants
Selon lui, les résultats actuels ne sont pas suffisamment robustes pour parler d'une signature définitive pour le TDAH, en raison du nombre de personnes participantes et du processus diagnostique qui est «extrêmement variable» et qui peut être biaisé d'une personne à l'autre. «Certaines personnes recrutées avaient reçu leur diagnostic via un questionnaire de six items administré par leur médecin de famille alors que d'autres avaient suivi une batterie de tests neuropsychologiques.»
Le projet a tout de même permis d'observer des résultats significatifs chez les femmes, qui se rapprochent d'un biomarqueur. Marc-André Dubois suggère l'hypothèse que les femmes sont moins sujettes à se faire diagnostiquer comme ayant un TDAH, alors que chez les hommes, il pourrait y avoir plus de faux positifs.
En plus d'arriver à une preuve de concept pour la détection du TDAH avec l'électrorétinogramme, la recherche a aussi montré la validité des électrodes autocollantes, sans contact direct avec l'œil, en psychiatrie. «Habituellement, l'électrode utilisée est un fil de nylon imprégné d'argent, un peu plus petit qu'un cheveu, inséré dans le sac conjonctival de l'œil. Ce n'est pas idéal si l'on veut diagnostiquer le TDAH chez les enfants», rapporte le chercheur.
Marc-André Dubois a également montré une différence entre la réponse de la rétine des hommes et des femmes en psychiatrie, une distinction qui n'avait pas encore été rapportée dans la littérature. «Ça montre que les études en psychiatrie qui utilisent cette méthode doivent prendre en compte le sexe pour enlever cette variabilité», soutient le chercheur.
Ce projet ouvre la voie à d'autres études de plus grande envergure qui pourront permettre de trouver une signature rétinienne utilisable pour rendre le diagnostic du TDAH plus objectif. Marc-André Dubois, maintenant psychologue dans un CLSC de Chaudière-Appalaches, se dit ouvert à collaborer pour la recherche dans le domaine si l'occasion se présente.

























