
Un caribou solitaire aux larges bois dans la toundra. Cet animal fait partie des nombreuses espèces menacées dans les régions nordiques. Selon la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, si la température moyenne sur la Terre augmentait de plus de 3 Co, 41% des mammifères perdraient la moitié de leur habitat naturel.
— Getty Images - Dennis Welker
La diversité biologique va mal de par le monde, menacée qu'elle est par les activités humaines. Et les régions nordiques n'échappent pas à ce phénomène. Les changements climatiques provoquent une fonte rapide de la glace et la destruction des habitats. Résultat de ce réchauffement accéléré: différentes espèces voient leur population baisser, comme l'ours polaire, la mouette ivoire, le caribou et le morse.
Cette problématique était au cœur de la conférence virtuelle grand public prononcée le 17 février par le professeur du Département de biologie de l'Université Laval, Jean-Sébastien Moore. «Plusieurs personnes définissent la période dans laquelle nous vivons d'anthropocène, explique-t-il. [NDLR: L'anthropocène est une époque où les activités humaines modifient fortement les écosystèmes et le climat.] On assiste à une extinction beaucoup plus importante de la biodiversité, surtout chez les vertébrés. Très élevés, ces taux s'accélèrent. Il y a des raisons de s'inquiéter.»
Des études démontrent que la principale cause de l'érosion de la biodiversité nordique est la destruction des habitats. Suivent, par ordre d'importance, la surexploitation des ressources, les changements climatiques, la pollution de l'eau, de l'air et des sols, et enfin les espèces envahissantes. «Récemment, rappelle-t-il, on a beaucoup entendu parler de la destruction planifiée dans le fleuve Saint-Laurent de l'habitat du chevalier cuivré pour la construction d'un nouveau terminal portuaire à Contrecœur.»
Selon la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, si la température moyenne sur la Terre augmentait de plus de 3 Co, 41% des mammifères perdraient la moitié de leur habitat naturel. «On peut croire que beaucoup d'espèces continueraient à survivre, mais qu'elles seraient grandement fragilisées, indique le professeur. Et ce que les animaux apportent aux humains serait grandement diminué.»
Dans un rapport, le Forum économique mondial évalue que plus de la moitié de l'ensemble de l'activité économique mondiale, qui correspond à 44 000 milliards de dollars, dépend de la nature, de façon modérée ou élevée. «Il n'y a pas juste les écolos qui croient en l'importance de la biodiversité, poursuit-il. Ce rapport est très sérieux. Ce n'est pas si difficile à comprendre si, par exemple, on chiffre l'impact de la biodiversité sur la régulation du climat, sur la capacité d'écosystèmes en santé de filtrer de l'eau, si on pense à l'impact des insectes pollinisateurs sur la production de végétaux qui nourrissent l'humain.»
Une vingtaine d'aliments
L'alimentation traditionnelle chez les Inuits du Nunavik était basée sur une vingtaine d'aliments, principalement de la viande, qui reflétaient la biodiversité nordique. «Sur la toundra, explique Jean-Sébastien Moore, les végétaux ne sont pas en grande abondance. Le peuple inuit mangeait de la viande. Dans un environnement hostile comme l'Arctique, les populations animales étaient en très forte abondance, souvent migratoires, comme le caribou, l'omble chevalier, le phoque, l'oie sauvage.»

Un phoque du Groenland jouant dans la neige au Nunavik
— Getty Images - Miranda Miller
Le Recensement de la vie marine, un vaste programme international de recherche en biologie marine, dénombre 24 espèces de mammifères marins vivant dans l'Arctique canadien. On peut penser ici au narval, au béluga et à la baleine. L'Atlantique en contiendrait 30 et le Pacifique 37. «Les espèces marines au sens large, souligne-t-il, sont très très abondantes dans cette région. Cette diversité est surprenante avec le phytoplancton et ses 1002 espèces, l'endofaune et ses 1033 espèces, le zooplancton et ses 372 espèces et la macroalgue et ses 210 espèces.»
Selon lui, la biodiversité nordique québécoise et canadienne est à la fois unique et menacée. «On trouve beaucoup d'espèces complètement uniques sur ce vaste territoire, affirme le professeur. Elles se distinguent par leur capacité à gérer leur habitat dans le froid et dans la glace. De plus, à cause des changements climatiques, on prévoit que plusieurs espèces plus au sud vont déplacer leur aire de répartition vers le pôle. Mais pour celles qui habitent déjà tout près du pôle, il n'y a pas cette option. Elles ne pourront se déplacer plus au nord parce qu'il n'y a nulle part d'autre où aller passé le pôle Nord sur une planète qu'on réchauffe. Cette situation leur confère un caractère unique.»
Centre d'études nordiques, ArcticNet, Québec-Océan, Amundsen Science, Institut nordique du Québec: l'Université Laval, selon Jean-Sébastien Moore, est reconnue à l'international comme un établissement majeur pour la recherche en milieu nordique. «L'Université, dit-il, est reconnue partout à travers le monde comme un pôle d'expertise, un chef de file dans la description des impacts des changements climatiques, sur la biodiversité notamment. Cela nous donne un pouvoir d'attraction pour recruter des étudiants de cycles supérieurs de grande qualité internationale.»























