23 février 2026
Un attachement sécurisant avec les deux parents serait lié à des fonctions cognitives supérieures chez les tout-petits
Une étude met en lumière l'importance de la relation de l'enfant avec chacun des parents pour soutenir pleinement son développement cognitif

La recherche met en lumière l'importance de la relation unique que l’enfant développe avec chaque parent.
— Getty Images, optop
Les enfants qui développent une relation d'attachement sécurisante avec leurs deux parents présenteraient des fonctions cognitives supérieures à l'âge de 19 mois, révèle une étude de l'École de psychologie de l'Université Laval. L'équipe de recherche, menée par la professeure Célia Matte-Gagné, a montré que cette double sécurité affective est liée au développement optimal des fonctions exécutives dites «froides», impliquées notamment dans la mémoire et le raisonnement.
Les fonctions exécutives sont souvent surnommées les «chefs d'orchestre» du cerveau, car elles permettent de réguler les pensées, les émotions et les comportements au quotidien. L'étude en distingue deux types: les fonctions «chaudes» sont mobilisées lorsque la situation implique des émotions et les «froides», lors de situations neutres et sans enjeux émotionnels. Étonnamment, la qualité de l'attachement avec les parents n'était liée qu'aux fonctions froides. «On pourrait croire que les fonctions chaudes seraient touchées, comme l'attachement est quelque chose d'émotionnel, mais ce n'est pas ce qu'on observe», indique Célia Matte-Gagné.
La chercheuse soutient que, contrairement à la majorité des études qui ne considère que la mère, celle-ci met en lumière la relation unique que l'enfant développe avec chaque parent. Ses résultats suggèrent que l'attachement sécurisant avec un seul parent ne suffit pas à développer le plein potentiel cognitif de l'enfant. «On pourrait penser que la relation d'attachement avec la mère va primer sur celle avec le père ou la compenser, mais il faut vraiment soutenir les deux relations pour aider nos tout-petits à développer de bonnes fonctions exécutives avant même l'entrée à l'école», souligne la professeure.
Observer les tout-petits dans leur milieu familial
Pour l'étude, l'équipe de recherche a réalisé deux visites au domicile de 80 familles, avant la pandémie. La première, lorsque l'enfant avait environ 13 mois, évaluait l'attachement avec chaque parent durant 45 minutes. «On occupait le parent d'intérêt avec des questions pour simuler la surcharge dans la vie quotidienne et on observait les réactions de l'enfant, notamment en présence d'un étranger. Est-ce que l'enfant s'approchait du parent? Est-ce qu'il explorait les jouets qu'on avait apportés?», raconte la professeure Matte-Gagné. L'équipe a aussi simulé une courte période de séparation.
Au total, 90 comportements étaient analysés pour déterminer le degré de sécurité affective des enfants. «Le score de l'enfant sur les éléments représentant les comportements était ensuite comparé à celui d'un enfant qui serait le plus sécure du monde selon les experts qui ont développé l'outil d'évaluation utilisé», explique la chercheuse.
La seconde visite, vers l'âge de 19 mois, permettait de mesurer des «rudiments» des fonctions exécutives, même si elles ne sont pas encore pleinement développées. Pour les fonctions exécutives chaudes, l'équipe déposait un jouet devant l'enfant en lui demandant de ne pas y toucher. Elle classait ensuite les enfants par rapport au temps attendu avant de le faire, 8 secondes en moyenne.
Pour les fonctions froides, l'enfant devait classer des blocs jaunes dans un bac de la même couleur, puis dans un bac rouge. «En changeant la règle en plein milieu, on testait la flexibilité cognitive et la capacité de l'enfant à s'adapter», indique Célia Matte-Gagné. L'équipe testait aussi la mémoire de travail. Un petit cheval était caché à trois reprises sous l'un de trois verres opaques, puis l'enfant devait le retrouver. L'emplacement du cheval était changé à chaque essai. «On claquait des mains pour détourner son regard et l'obliger à utiliser sa mémoire de travail.»
Résultats: les enfants qui avaient un attachement sécurisant avec les deux parents étaient meilleurs pour classer les blocs et trouver le cheval.
Depuis la pandémie, la professeure Matte-Gagné a recruté 175 familles de plus pour poursuivre ses travaux et évaluer la persistance du lien entre l'attachement et les fonctions exécutives jusqu'à l'entrée à l'école. «On veut voir si ce lien se maintient dans le temps en modélisant les trajectoires des fonctions froides», conclut-elle.
Les signataires de l'étude, publiée dans la revue Attachment & Human Development, affiliés à l'Université Laval sont Célia Matte-Gagné, Frédéric Thériault-Couture et George M. Tarabulsy.























