
Les bienfaits du traitement étaient encore présents après un an chez les personnes participantes.
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En raison du vieillissement de la population, il y aura de plus en plus de personnes âgées avec des problèmes d'anxiété, rapporte Philippe Landreville, professeur à l'École de psychologie. «Il faut se demander quel genre d'aide psychologique on veut leur offrir.» Le chercheur a testé l'efficacité d'un manuel d'autotraitement guidé pour aider les personnes de 60 ans et plus à gérer leur anxiété auprès de 150 personnes, en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Montréal et de l'Université de Sherbrooke.
Huit modules pour devenir son «propre thérapeute»
Le manuel utilisé est basé sur la thérapie cognitive comportementale, qui met l'accent sur les pensées et les comportements qui maintiennent l'anxiété. Il comprend 8 modules répartis sur 15 semaines et prévoit entre 30 à 60 minutes par jour pour le traitement. «Au terme du processus, nous souhaitons que les gens maîtrisent assez bien les compétences pour qu'ils deviennent “leur propre thérapeute”.»
Chaque semaine, les personnes participantes recevaient un appel d'environ 20 minutes d'une accompagnatrice ou d'un accompagnateur ayant reçu une formation d'environ 10 heures sur le trouble d'anxiété généralisée chez les aînés et sur le manuel. «Ils apprenaient à soutenir sur le plan émotif et motivationnel, et sur le plan technique, sans faire de psychothérapie», résume le chercheur.
Pour Philippe Landreville, le recours à des personnes intervenantes non professionnelles, supervisées par des psychologues, constitue l'une des forces de l'approche. «Elle permettrait d'élargir l'accès aux soins psychologiques, car peu de spécialistes en santé mentale sont formés pour travailler auprès des aînés.» Le manuel répond aussi à un besoin d'accessibilité et d'autonomie. «Il y a beaucoup de gens qui ont de la difficulté à se déplacer pour la thérapie ou qui préféreraient pouvoir surmonter leurs difficultés par eux-mêmes», précise-t-il.
Des résultats prometteurs et durables
Le traitement s'attaque à quatre vulnérabilités psychologiques fréquemment associées au trouble d'anxiété généralisée: l'intolérance à l'incertitude, l'évitement cognitif, la croyance que l'inquiétude est utile et une orientation négative par rapport au problème, c'est-à-dire ne pas savoir comment l'aborder.
L'étude a vérifié son efficacité sur deux groupes. Le groupe expérimental bénéficiait immédiatement du manuel, alors que le groupe contrôle était placé sur une «liste d'attente» de 15 semaines. Après le traitement, les personnes du groupe expérimental présentaient une amélioration sur les aspects de l'inquiétude et de la gravité du trouble d'anxiété généralisée, alors que le groupe contrôle ne montrait pas de changement. Lorsque ce groupe a finalement reçu le traitement, les améliorations étaient similaires à celles observées chez le groupe expérimental.
Les personnes participantes ont été évaluées 6 et 12 mois après le traitement et les bienfaits étaient encore présents. «Ça montre que les changements se maintiennent à long terme. Certaines personnes se sont même améliorées. Notre hypothèse est que les gens continuent à appliquer certaines des techniques qu'ils ont apprises, comme relaxer ou s'entrainer à tolérer les incertitudes», indique le professeur Landreville.
En plus des effets mesurés sur l'anxiété, l'équipe de recherche a aussi documenté la satisfaction des personnes participantes par rapport aux accompagnatrices et aux accompagnateurs, et leur aide avait été appréciée. «Ça nous a permis de voir que ce rôle-là est important dans la démarche», note le chercheur.
Une cohorte qui reflète la réalité
L'étude a inclus des personnes avec un trouble d'anxiété généralisée, mais également des personnes présentant des symptômes sans toutefois répondre à tous les critères diagnostiques. Selon Philippe Landreville, c'est plus représentatif de la réalité, car de nombreuses personnes peuvent vivre de la détresse ou avoir de la difficulté à fonctionner sans présenter toutes les caractéristiques.
Le manuel d'autotraitement, qui continuera d'être amélioré, n'est pas accessible pour un usage en contexte de soins. L'équipe aimerait collaborer avec d'autres équipes de recherche ou des organismes pour tester l'implantation de cette approche avant de la déployer plus largement.
L'étude a été publiée dans la revue Journal of Anxiety Disorder.























