
La création de balados est une manière pour les humoristes de réseauter et de bâtir leur portfolio.
— Getty Images, LordHenriVoton
«Je suis ce qu'on pourrait appeler une geek de l'humour», lance Marie-Claude Savoie en riant. Avec des milliers d'heures d'écoute de balados animés par des humoristes, elle a consacré sa maîtrise en communication publique à ce phénomène en pleine expansion. Sous la direction de Colette Brin, professeure à la Faculté des lettres et des sciences humaines, elle a voulu comprendre pourquoi des humoristes émergents choisissent de produire ces contenus de façon indépendante.
L'étudiante voulait ainsi pallier le manque de documentations sur les stratégies de communication de ces artistes. «L'humour au Québec, c'est du sérieux, souligne-t-elle. C'est probablement l'industrie culturelle la plus prolifique.» Cette volonté de mettre la culture québécoise dans la littérature scientifique la motive beaucoup. Elle a d'ailleurs publié un article dans la revue Sérieux? Humour: savoirs et pratiques de l'Observatoire de l'humour.
Un outil pour réseauter et se faire connaître
Durant sa recherche, Marie-Claude Savoie s'est entretenue avec huit humoristes émergents ayant lancé leur propre balado pour connaître leurs motivations. À sa grande surprise, c'est le réseautage qui était au premier rang. «Aller à la rencontre d'autres humoristes, d'autres artistes, se faire une place dans l'industrie, ça semble la première étape pour éventuellement vivre de son humour», rapporte-t-elle. La visibilité auprès du public venait ensuite.
La création de balados est aussi une manière pour les humoristes de bâtir leur portfolio. «Quelqu'un qui cherche à signer un contrat avec un nouvel artiste va regarder ce qui est disponible sur le Web, si la personne est capable de faire des vidéos, si elle a un public établi, etc.», illustre Marie-Claude Savoie. Les réseaux sociaux sont donc devenus un incontournable. «Leur travail n'est pas juste d'écrire des blagues à présenter sur scène, ils doivent être présents sur toutes les plateformes ou presque pour aller chercher des gens qui ne les connaissent pas», soutient-elle. Un participant lui a même mentionné qu'être bon et drôle était important, mais qu'apporter du public pesait parfois davantage.
Entre autonomie et quête de distinction
Une autre motivation des humoristes émergents rencontrés à faire des balados était d'avoir le contrôle du contenu et de leur image. «Ils ont plus d'autonomie dans le développement de leur carrière que d'attendre que quelqu'un les découvre puis leur donne des occasions», ajoute-t-elle. La pression d'apparaître dans les médias traditionnels n'est donc plus aussi présente, car les réseaux sociaux permettent une bonne visibilité.
Malgré cette liberté, les humoristes sondés ont rapporté la difficulté de se distinguer des créateurs de contenu et d'attirer des spectatrices et spectateurs en salle. Selon Marie-Claude Savoie, cette confusion découle souvent d'un manque de stratégies de communication. «C'est le genre de chose qui se réfléchit dans le développement de contenu, avoir une petite twist qui dit: “N'oubliez pas que je suis un humoriste, je ne suis pas juste une personne qui fait quelque chose de drôle sur Tik Tok pour devenir virale”.»
La création d'un balado peut se faire à moindre coût, en louant un studio, en enregistrant sur un téléphone intelligent ou en se procurant de l'équipement abordable. L'enjeu qui passe souvent inaperçu, dit-elle, est l'investissement de temps. «Le montage, le dépôt sur les plateformes, le sous-titrage de vidéo, la description, le titre, la vignette, l'extrait pour les réseaux sociaux, c'est beaucoup!, énumère-t-elle. Et souvent, c'est un gamble.»
Après sa maîtrise, Marie-Claude Savoie aimerait poursuivre ses travaux de recherche au doctorat. Elle se pose plusieurs questions sur les défis, les enjeux et les risques que soulève la participation des politiciens à des balados animés par des humoristes ou des personnalités en ligne.
L'étude de Marie-Claude Savoie est disponible dans l'édition d'automne 2025 de la revue Sérieux? Humour: Savoirs et Pratiques de l'Observatoire de l'humour.
























