25 février 2026
Éviter les aliments avec la loupe nutritionnelle diminuerait le risque de maladies du cœur
Réduire sa consommation d'aliments préemballés riches en sel, en gras ou en sucre apporterait des bénéfices mesurables sur la santé du cœur, notamment chez les personnes avec des problèmes de cholestérol ou de haute pression

Une diminution de seulement 10% de la consommation d'aliments avec la loupe serait bénéfique.
— Getty Images, TommL
La loupe nutritionnelle, symbole exigé par Santé Canada et apposé sur l'emballage des aliments avec une teneur excessive en sel, en sucre ou en gras saturés, peut-elle être un levier simple pour prévenir les maladies cardiovasculaires? Une équipe de recherche de l'Université Laval a déterminé qu'il s'agissait en effet d'un outil prometteur pour améliorer son alimentation et ainsi contribuer à la santé du cœur.
Dans leur étude, les scientifiques ont montré qu'une diminution de seulement 10% de la consommation d'aliments avec la loupe était bénéfique. «Si votre panier d'épicerie compte 10 produits qui portent la loupe, en remplacer qu'un seul par un équivalent sans la loupe pourrait procurer des bénéfices sur la santé à long terme», illustre Jean-Philippe Drouin-Chartier, professeur à la Faculté de pharmacie et chercheur affilié au centre NUTRISS de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels.
La recherche portait sur des personnes ayant des problèmes de cholestérol ou de pression artérielle, mais les résultats peuvent être élargis à la population générale, selon le chercheur. «Comme on voit les bienfaits chez une population à risque, on peut extrapoler que c'est bénéfique pour monsieur et madame Tout-le-Monde.»
Au-delà des aliments avec la loupe nutritionnelle, l'étude s'est intéressée plus largement aux aliments ultratransformés, contenant des additifs. Une diminution de 10% de la consommation d'aliments ultratransformés était associée à des bénéfices similaires pour la santé du cœur qu'une diminution équivalente des aliments avec la loupe. «Il y a un certain recoupement, car plusieurs aliments ultratransformés sont riches en gras, en sel ou en sucre, mais la loupe, bien que simple et efficace, a des angles morts», souligne le professeur Drouin-Chartier. C'est le cas des boissons gazeuses diètes, dans lesquelles le sucre a été remplacé par des édulcorants. «Avec la loupe, des personnes qui consommaient des boissons gazeuses régulières vont peut-être se tourner vers la formule diète, mais il faut se demander si c'est une substitution optimale», soulève-t-il.

La loupe de Santé Canada et les allégations qui figurent sur les emballages peuvent aider les personnes dans leurs choix alimentaires.
— Santé Canada
Un changement simple qui compte beaucoup
Comme la loupe nutritionnelle n'est devenue obligatoire qu'en janvier 2026, l'équipe de recherche n'a pas pu mesurer directement ses effets. Elle a plutôt simulé ce que donnerait une diminution de 10% de la consommation d'aliments qui porteraient aujourd'hui la loupe. Pour ce faire, les scientifiques ont analysé les données de 2123 Québécoises et Québécois de la cohorte CARTaGENE ayant un problème de cholestérol ou de pression artérielle chez qui l'alimentation a été mesurée en 2011. En 2019, 179 personnes avaient développé une maladie cardiovasculaire.
Parmi les 285 aliments considérés en 2011, 139 étaient ultratransformés et 99 porteraient aujourd'hui la loupe nutritionnelle, avec 57% trop salés, 42% trop gras et 30% trop sucrés. Certains aliments entraient dans plus d'une catégorie.
En comparant la proportion de ces aliments problématiques dans la diète des personnes de la cohorte, l'équipe a observé que les personnes qui en consommaient le moins étaient les moins à risque de développer une maladie cardiovasculaire. Les résultats suggèrent qu'une réduction de 10% produisait un effet, peu importe le niveau de consommation de départ, rapporte le professeur Drouin-Chartier.
L'équipe de recherche a aussi montré qu'un changement de diète, jumelé à la prise de médicaments prescrits pour le cholestérol ou la haute pression, procurait une protection optimale. Les deux approches sont complémentaires. «Un médicament va cibler une seule chose, le cholestérol par exemple. Diminuer la consommation d'aliments avec la loupe risque d'améliorer le cholestérol, la pression artérielle et la glycémie, qui sont tous des facteurs de risque de maladies cardiovasculaires», rapporte le chercheur.
Les signataires de l'étude, publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition, affiliés à l'Université Laval sont Lise Leblay, Jacob Lessard-Lord, Jean-Sébastien Paquette et Jean-Philippe Drouin-Chartier.























