
Le vaccin, encore à l'étape expérimentale, couvre 95% des causes de bronchiolite et plus de 80% des causes de mortalité pour la pneumonie chez les jeunes enfants.
— Getty Images, ozgurcankaya
Le métapneumovirus humain et le virus respiratoire syncytial (VRS) causent chaque année de nombreuses bronchiolites et pneumonies chez les enfants de 6 mois à 5 ans. «Il n'y a pas de vaccins contre les virus respiratoires pour cette tranche d'âge», rappelle Guy Boivin, professeur à la Faculté de médecine et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval. Avec son équipe, il a mis au point un vaccin expérimental capable de cibler simultanément ces deux virus.
Des résultats prometteurs chez les animaux
Avec ce vaccin dit bivalent, l'équipe de recherche voulait protéger contre deux infections sévères, plutôt que contre un virus particulier. «C'est une nouvelle approche qu'on privilégie», soutient Guy Boivin.
Une étude chez la souris a montré une grande efficacité de protection. En effet, le vaccin déclenchait une forte production d'anticorps en plus de bloquer la multiplication du virus dans les poumons. «On couvre 95% des causes de bronchiolite avec notre vaccin et au-delà de 80% des causes de mortalité pour la pneumonie chez les jeunes enfants», rapporte-t-il. Le vaccin bivalent a aussi fait l'objet d'une étude indépendante par les Instituts nationaux de la santé aux États-Unis avec le rat des cotonniers. «Ils sont arrivés aux mêmes conclusions d'efficacité. Ça montre que les résultats peuvent être reproduits dans un modèle animal différent. C'est prometteur», soutient le chercheur.
Une technologie pour cibler plusieurs virus à la fois
Pour concevoir le vaccin, les scientifiques ont élaboré une plateforme vaccinale, une technologie polyvalente qui sert de point de départ pour créer rapidement différents vaccins en ajoutant un élément du virus à cibler. Leur plateforme repose sur une souche du métapneumovirus humain qui a été modifiée pour retirer le gène associé à une inflammation importante chez les jeunes enfants qui l'attrapent. «On obtient ainsi un virus atténué. Ça veut dire qu'il se réplique juste assez pour stimuler la réponse immunitaire sans donner la maladie», précise le professeur Boivin.
À cette plateforme vaccinale, l'équipe a ajouté la protéine de surface du VRS, le «pathogène numéro un» chez les jeunes enfants pour la bronchiolite et la pneumonie. C'est cette protéine qui sera reconnue par le système immunitaire pour développer des anticorps efficaces afin de défendre le corps dans le futur.
Des protéines de surface d'autres virus respiratoires causant les bronchiolites et les pneumonies pourraient être ajoutées pour augmenter la protection contre ces infections sévères. «On a commencé avec un virus dont la protéine de surface était similaire à celle du métapneumovirus humain, mais on ne sait pas jusqu'à combien de virus on peut greffer sur la plateforme vaccinale», souligne Guy Boivin. Pour l'instant, l'équipe travaille sur l'inclusion d'un troisième virus respiratoire pour avoir un vaccin trivalent. «On y va un à la fois.»
Un vaccin administré par le nez
Le vaccin en cours d'élaboration a l'avantage de pouvoir être administré par le nez. «Les personnes qui n'aiment pas les aiguilles vont être contentes», plaisante le chercheur. L'objectif avec cette méthode est de développer une immunité dans les muqueuses du nez et du nasopharynx, la partie supérieure du pharynx située derrière le nez et au-dessus du palais. «La voie d'entrée des virus respiratoires, c'est le nez. Cette immunité va créer une de barrière qui va leur bloquer l'entrée», explique le professeur Boivin.
L'autre avantage du vaccin est qu'il utilise un virus vivant atténué. Ce type de vaccin, comme celui pour la rougeole, procure une protection à plus long terme, contrairement aux vaccins à base d'ARN, comme celui de la COVID-19, qui nécessitent des doses de rappel. Le vaccin atténué ne convient toutefois pas aux personnes immunosupprimées, comme leur réponse immunitaire est affaiblie, prévient le chercheur.
L'équipe a terminé les étapes précliniques chez la souris et souhaite maintenant réaliser des analyses de toxicité chez les mammifères et augmenter la capacité de production.
La recherche est menée conjointement par l'Université Laval et l'Université Claude Bernard Lyon 1, par l'entremise du Laboratoire international virtuel RESPIVIR, affilié aux deux universités. «Ça nous permet de séparer les étapes de recherche pour aller plus vite», affirme Guy Boivin. Un brevet pour la plateforme vaccinale et le vaccin bivalent est d'ailleurs détenu par les deux établissements.
L'étude sur les souris a été publiée dans le journal npj Vaccines.























