Société

Au service de la vie

Selon l’agriculteur écologiste Pierre Rabhi, réconcilier l’humain avec la nature passe notamment par un niveau de conscience global plus élevé

Par : Yvon Larose
«C’est comme si on avait déclaré la guerre à la nature à qui nous devons la vie. D’où nous vient cet instinct de tout tuer, de tout ravager autour de nous? Pourquoi l’humain, qui a une intériorité particulière, n’a-t-il pas compris que cette magnifique planète est à préserver et à aimer plutôt qu’à détruire?» Ce questionnement de fond est celui de Pierre Rabhi, un agriculteur écologiste français d’origine algérienne de 72 ans. Conférencier, philosophe et essayiste, également expert sur les questions alimentaires, ce dernier était à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins le lundi 26 avril, où il a prononcé une conférence intitulée «Agroécologie, au-delà des techniques, la dimension humaine». L’activité était organisée par la Chaire publique AELIES, en collaboration avec VIA Agro-écologie et Univert Laval.

Pierre Rabhi entrevoit des jours très sombres pour l’humanité. «Il y a une certitude, affirme-t-il. Il est impossible que le genre humain continue à transgresser, à détruire comme il le fait sans se faire disparaître.» Un sort tout autre attendrait la Terre. «Je n’ai aucune inquiétude sur la survie de la planète, dit-il, malgré les blessures les plus violentes qu’on lui aura faites. Il y a une telle énergie dans la vie qu’elle se remettra.» Un exemple spectaculaire vient appuyer ses dires. «J’avais huit ans, raconte-t-il, et nous vivions dans le désert natal fait de rocaille et de sable. Une pluie exceptionnelle est tombée pendant plusieurs jours. Après, tout a reverdi. La vie est tellement puissante. Elle était quand même là, prête à rebondir.»

Le constat qu’il fait du contexte actuel est accablant. «Il n’y a aucune écoute à la vie, soutient Pierre Rabhi. La planète est considérée comme un gisement de ressources qu’il faut épuiser et transformer en dollars. L’état global des lieux est déjà désastreux et l’humain est aliéné.» Et l’agriculture? «Un usage massif d’engrais chimiques de synthèse fait que l’on détruit la terre nourricière en produisant des aliments.» Ce qui le désole, c’est de voir que ceux qui sonnent l’alarme ne sont pas écoutés. Au Nord comme au Sud, le même modèle de société menace. «Ce modèle, explique-t-il, se résume en: allez-y, consommez, gaspillez, produisez des dollars, détruisez.»

Plus que manger bio
En agriculture, la solution, selon Pierre Rabhi, réside dans l’agroécologie, une approche qu’il qualifie de «sérieuse, réaliste et efficace». Elle consiste notamment à respecter la structure du sol et à fertiliser avec du compostage. Au niveau des sociétés, il fait une mise en garde. «On ne peut pas se chauffer à l’énergie solaire et en même temps exploiter son prochain, affirme-t-il. On ne peut non plus prétendre: mangeons tous bio et tout ira bien. Ma conviction profonde est que si la conscience globale de l’humanité change, nous avons de l’avenir.» Au-delà d’un changement de techniques et de structures, ce dernier convie à un changement de paradigme. «Mettons l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, dit-il. Nous avons suffisamment d’intelligence et de moyens, mettons-les au service de la vie. Ça ouvrira un chantier planétaire absolument merveilleux. À ce moment-là, nous serons dignes d’être appelés des humains.»

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