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Maman a raison

Les mères connaissent et appliquent mieux que les pères les principes d'une bonne alimentation

Si les femmes ont plus de connaissances et de compétences en alimentation, c'est parce qu'elles s'informent plus sur le sujet et qu'elles s'occupent davantage de la préparation des repas. Les campagnes de sensibilisation à la bonne alimentation devraient interpeler davantage les hommes, croit Véronique Provencher.
Une enquête menée auprès de 767 familles canadiennes montre que les mères sont encore majoritairement responsables des repas et qu'elles connaissent et appliquent plus rigoureusement que les pères les principes d'une bonne alimentation. C'est ce qui se dégage d'une étude publiée dans le British Food Journal par une équipe de l'Université Laval et de l'Université de Montréal.

L'enquête en ligne ciblait des parents ayant au moins un enfant dont l'âge se situait entre 2 et 12 ans. Les réponses devaient être fournies par le membre du ménage responsable de la préparation de plus de la moitié des repas. «L'étude permet donc une comparaison entre les femmes et les hommes qui assument la plus grande partie de la charge des repas dans leur famille respective, précise la professeure Véronique Provencher. Il ne s'agit pas d'une comparaison des connaissances et des compétences alimentaires entre les mères et les pères en général.»

Les analyses des réponses montrent que:

  • dans 81% des familles, la mère est la personne responsable de la préparation de la majorité des repas
  • 38% des mères utilisent parfois les recommandations du Guide alimentaire canadien contre 29% des pères
  • 83% des mères lisent parfois les étiquettes des produits avant de faire un choix contre 73% des pères
  • près de 90% des mères disent être bonnes ou très bonnes pour préparer des soupes, des ragoûts, des muffins ou des gâteaux à partir d'ingrédients de base contre 75% des pères
  • 73% des mères ajoutent des fruits ou des légumes aux recettes de base qu'elles utilisent contre 59% des pères
  • 63% des pères réduisent la teneur en sel dans les recettes contre 53% des mères
  • les connaissances en nutrition et la capacité de concevoir et d'adapter des recettes sont liées à des indices plus élevés de la qualité de l'alimentation


À première vue, on pourrait se réjouir du fait que, dans la majorité des ménages, l'alimentation est sous la responsabilité de la personne du couple ayant le plus de connaissances et de compétences en la matière. Toutefois, comme l'information sur la bonne alimentation ne manque pas, ces écarts homme-femme parmi les parents responsables des repas ont de quoi étonner. «Le partage des tâches dans le couple a évolué au cours des dernières décennies, mais on constate qu'il existe encore une hyper-responsabilisation des femmes pour tout ce qui touche l'alimentation et la santé dans le ménage, souligne la professeure Provencher. Les connaissances et les compétences en alimentation ne sont pas innées chez les femmes. Si elles sont meilleures dans ces domaines, c'est parce qu'elles s'informent plus sur le sujet et qu'elles s'occupent davantage de la préparation des repas.»

La chercheuse constate que même les campagnes de sensibilisation à la bonne alimentation perpétuent ces stéréotypes. «Implicitement, les messages de ces campagnes s'adressent le plus souvent aux femmes. Par exemple, ce sont presque toujours des images de femmes qui servent à illustrer la préparation des repas. Lorsque l'on voit des hommes, ils sont souvent près d'un barbecue. Le nouveau Guide alimentaire canadien suggère de cuisiner davantage plutôt que d'acheter des plats préparés. Si l'on ne veut pas que ce genre de recommandation ajoute à la charge mentale déjà élevée des femmes, il faut trouver des façons d'interpeler davantage les hommes.»

La professeure Provencher constate qu'il y a encore des tâches associées à chaque genre. «On ne dira jamais à un homme: “tu es chanceux toi parce que ta conjointe t'aide à préparer les repas”. Pourtant, on le souligne lorsque c'est l'homme qui aide sa conjointe.» Ce clivage se perpétue lorsque la division se fait sur la base des intérêts de chacun. Le contexte familial joue également. «Les femmes sont encore plus nombreuses que les hommes à se prévaloir du congé parental. Pendant cette période, elles prennent souvent la charge des repas sur leurs épaules et elles continuent de le faire après leur retour au travail. Je ne crois pas que les rôles soient forcément cristallisés dans les ménages après la naissance des enfants. Il faut toutefois trouver des façons d'adapter les messages des campagnes de sensibilisation pour que les hommes se sentent eux aussi interpelés par la bonne alimentation.»

L'étude publiée dans le British Food Journal est signée par Mélissa Anne Fernandez, Sophie Desroches, Mylène Turcotte, Véronique Provencher, de l'École de nutrition et de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, Alexandre Lebel, de l'École supérieure d'aménagement du territoire et du développement régional et du Centre de recherche de l'Institut universitaire en cardiologie et en pneumologie de Québec, et Marie Marquis, de l'Université de Montréal.

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