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L'école des victimes

En milieu scolaire, les enfants agressés par leurs pairs sont ceux qui sont agressifs depuis leur tout jeune âge 

Par : Renée Larochelle
Aussitôt qu’ils sont assez âgés pour interagir socialement, certains enfants peuvent s’enfermer dans des modèles chroniques de victimisation par leurs pairs. Ainsi, l’agressivité engendrerait l’agressivité, selon une récente étude dirigée par Michel Boivin, professeur à l’École de psychologie et titulaire de la Chaire de Recherche du Canada sur le développement social de l’enfant.  «Les enfants qui démontrent un taux d’agressivité élevé lorsqu’ils sont très jeunes, dont les parents utilisent des comportements punitifs élevés à leur endroit et ont des revenus familiaux insuffisants, apparaissent comme davantage susceptibles d’être la cible des comportements négatifs de la part des autres enfants, que ce soit physiquement ou verbalement», souligne Michel Boivin. Cette agressivité peut faire partie du caractère de l’enfant comme elle peut être la conséquence des comportements agressifs des parents envers leur enfant.»

Pour les fins de cette étude qui fait ce mois-ci le sujet d’un article dans la revue Archives of General Psychiatry sous le titre Predictive Validity and Early Predictors of Peer-Victimization Trajectories in Preschool, les chercheurs ont étudié le comportement de 1 970 enfants nés au Québec entre octobre 1997 et juillet 1998, dont 51 % étaient de sexe masculin. Les enfants ont été évalués à huit reprises, de l’âge de 4 mois et demi à 7 ans. À chaque étape de l’évaluation, les mères devaient donner des renseignements sur le contexte familial, leurs propres conduites parentales, les corrections physiques infligées à l’enfant, ainsi que sur différents symptômes de malaises internes observables chez leur enfant comme la tristesse et l’anxiété. En première année du primaire, la victimisation des pairs était évaluée par les enseignants et les camarades de classe.
 
Des trajectoires multiples
«Les résultats nous montrent que les difficultés relationnelles vécues par l’enfant peuvent commencer dès la prime enfance, explique Michel Boivin. Au fil des années, la victimisation peut se stabiliser ou s’accroître et se poursuivre à l’école. Les conséquences potentiellement associées à une victimisation élevée et chronique sont multiples et incluent un sentiment de solitude, une faible estime de soi, des problèmes de santé, des difficultés scolaires et des idées suicidaires.» 

Trois différentes trajectoires de victimisation ont été identifiées par l’équipe de chercheurs : basse et croissante, modérée et croissante et enfin, élevée et chronique. Comme les chercheurs le prévoyaient, la plupart des enfants (71%) suivent une trajectoire basse et croissante, pendant que 25% et 4% des enfants vivent respectivement de la victimisation modérée et croissante et élevée et chronique. Par ailleurs, les enfants qui suivent la trajectoire modérée et croissante et élevée et chronique en bas âge ont aussi tendance à connaître des niveaux de victimisation les plus élevés lors de leur entrée à l’école.

Selon Michel Boivin, l’une des solutions au problème de la victimisation passe par une intervention préventive auprès des parents et des enfants à risque, afin de les aider à surmonter leurs difficultés. «Il y a des enfants qui n’ont pas encore mis les pieds à l’école et qui ont déjà vécu des choses très difficiles au plan interpersonnel et dans leur famille, explique le chercheur. Si on veut contrer le phénomène de la victimisation et aider les enfants à s’en sortir, il faut intervenir tôt.»

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