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Des absences remarquées

L’amélioration des conditions de travail joue un rôle déterminant pour un retour au travail réussi chez les personnes qui s'absentent pour des problèmes de santé mentale

Par : Renée Larochelle
Le retour au travail d’une personne qui s’est absentée à cause d’un problème de santé mentale ne signifie pas nécessairement que sa santé se soit complètement rétablie. En témoignent les résultats d’une étude menée par Louise St-Arnaud, professeure à la Faculté des sciences de l'éducation, auprès de 1 850 employés des secteurs de la fonction publique et parapublique des régions de Montréal et de Québec. En effet, près de 44 % des travailleurs ayant participé à cette enquête considéraient que leurs problèmes de santé n’étaient pas réglés lors de leur retour au travail. Selon la responsable de l’étude, cette situation est préoccupante, notamment en raison du risque élevé de rechute que présentent ces employés.

«On sait que les personnes qui s’absentent pour un problème de santé mentale, notamment les troubles dépressifs, présentent un risque plus élevé de rechute comparativement à ceux qui ont d’autres types de problème tels que des troubles d’hypertension, des maux de dos et des problèmes cardiaques, explique Louise St-Arnaud. On sait aussi que ceux qui ont connu des améliorations dans leur milieu de travail lors de leur retour sont plus susceptibles de se rétablir que ceux qui n’ont pas connu de changements en ce sens.» Dans cette étude, les femmes représentaient 74 % des répondants tandis que 26 % étaient des hommes. L’âge moyen était de 45 ans. L’échantillon comptait 5 % de cadres, 49 % de professionnels, 13 % de techniciens et 33 % d'employés de soutien. La grande majorité des répondants détenait un poste permanent. Pour expliquer leur arrêt de travail, seulement 9 % des répondants ont essentiellement fait référence à leur vie personnelle, tandis que 32 % l’ont attribué à leur vie professionnelle. Près des deux tiers (63 % des femmes et 50 % des hommes) ont attribué leur problème de santé mentale à la fois à leur vie personnelle et à leur travail.

Des problèmes non résolus
La surcharge de travail est la contrainte de travail la plus identifiée par les sujets (62 %, et ce, autant chez les femmes que chez les hommes), suivie de la non-reconnaissance (48 %), les conflits avec les supérieurs (31 %), les conflits avec les collègues (21 %), une évaluation négative de leur travail (19 %), le manque d’autonomie (17 %) et l’insécurité d’emploi (14 %). Plus de 65 % des personnes en étaient à leur premier épisode d’absence. Sur le plan de la réinsertion professionnelle, plus de femmes (72 %) que d’hommes (61 %) ont effectué un retour au travail. Selon Louise St-Arnaud, le phénomène pourrait s’expliquer par le fait que les femmes occupent des emplois différents de ceux des hommes. Mais il y a plus: les emplois occupés par les femmes inciteraient à un retour plus précoce. «Certains types d’emploi, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, où les femmes sont surreprésentées, présentent un risque plus élevé de “présentéisme”, souligne la chercheuse. Elles se maintiennent au travail en dépit du fait qu’elles se considèrent comme suffisamment malades pour devoir s’absenter.» Enfin, la tendance des femmes à consulter plus rapidement que les hommes favoriserait une intervention plus précoce et, donc, un rétablissement plus rapide. Si la formule du retour au travail progressif ramène les employés, elle ne résout pas nécessairement leurs problèmes. «Le retour progressif est souvent mal géré et non adapté à la situation de l’employé, dit Louise St-Arnaud. Ce n’est pas tout de ramener l’employé au travail, même de façon progressive. Il faut aussi mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Actuellement, la tendance des entreprises est de réintégrer le plus rapidement possible la personne dans un contexte inchangé. On comprend que cela ne fonctionne pas toujours.»

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