Chroniques

Qui sera le chef du Parti conservateur?

Éric Montigny, professeur au Département de science politique, évalue le virage idéologique que doit prendre cette formation pour l’emporter

*NDRL : Veuillez svp prendre note que le présent texte a subi une mise à jour, suivant la récente annonce de l'ex-politicien Jean Charest à l'effet qu'il ne fera pas partie de la course à direction du Parti conservateur du Canada.

Peter McKay, Pierre Poilièvre, Marilyn Gladu figurent sur la courte liste des candidats déclarés ou pressentis pour succéder à Andrew Sheer. La course officielle démarre le 27 février. Un exercice qui n’aura rien de simple selon le politicologue Eric Montigny. En effet, le Parti conservateur vit actuellement de profondes divisions idéologiques.

Le Parti conservateur doit-il miser sur un candidat de l’est ou de l’ouest du pays pour espérer remporter un prochain scrutin?

Il ne s’agit pas tant d’une question géographique que d’un objectif partisan. Il faut réfléchir au profil du candidat souhaité. Doit-on trouver quelqu’un qui colle au programme actuel du parti ou qui élargit la base électorale? Pour l’instant, l’appui des conservateurs reste concentré dans l’Ouest canadien, alors que la percée attendue au Québec ne s’est pas matérialisée. Cela s’explique en partie par le manque d’appétit électoral des Québécois pour le conservatisme social. Ils ne veulent pas d’une remise en question de l’avortement ou du mariage entre conjoints de même sexe, même si certains courants dans le parti vont dans cette direction. Il faut donc savoir si les militants conservateurs de l’Ouest sont prêts à mettre de l’eau dans leur vin idéologique pour prendre le pouvoir. Cela leur permettrait d’obtenir des appuis dans les banlieues de Toronto et au Québec, une condition essentielle pour gagner le scrutin. Pour l’instant, peu de candidats se manifestent dans l’Ouest.

Que devrait faire le Parti conservateur pour rallier davantage d’électeurs québécois?

Il faut se rappeler que le conservatisme social a plombé les chances des conservateurs dirigés par Andrew Sheer lors des dernières élections. L’été passé, ils dominaient pourtant les libéraux dans les sondages au Québec. Alain Rayes, le lieutenant politique des conservateurs au Québec, avait monté une équipe de candidats solides, bien ancrés dans leur communauté. Le message du parti se centrait autour du conservatisme fiscal (réduire les taxes et les impôts, NDLR), ainsi que sur le respect des compétences du Québec. Cependant, les controverses sur l’avortement et les difficultés d’Andrew Sheer ont fait chuter les intentions de vote pour les conservateurs dès les premières semaines de campagne. Face à un électorat québécois très volatil, il faut absolument que le chef du Parti conservateur maîtrise bien le français pour pouvoir faire une bonne performance lors du débat des chefs. Au Québec, les électeurs suivent très peu la politique fédérale en dehors des périodes électorales. Ils entretiennent donc un intérêt plutôt distant avec les partis, comme l’ont montré successivement la «vague orange», la chute puis la renaissance du Bloc québécois. Pour former un gouvernement majoritaire, il faut disposer d’un solide appui parmi les 78 circonscriptions du Québec. Et pour cela, le parti doit adapter son discours aux besoins des Québécois.

Quelles sont les conséquences sur la course à la chefferie de la défection de Jean Charest?

Cette décision est importante. Elle enlève une question délicate au comité du parti chargé d'autoriser les candidatures. Le parti demande aux aspirants au poste de chef s’ils font l’objet de poursuites ou d’enquêtes criminelles. Ce processus, mis en place aussi pour les candidats dans les comtés, vise à éviter que des scandales n’éclaboussent la formation politique au cours de la campagne. Comme plusieurs questions portent sur l'éthique, dont une sur la possibilité qu'un candidat fasse l'objet d'une enquête policière, le retrait de Jean Charest lui simplifie la tâche. Pour l’instant, seul Peter MacKay s’est officiellement déclaré comme candidat. Il pourrait profiter de l'appui du clan Mulroney et du courant plus progressiste au sein du parti. Rappelons qu'il était le chef du Parti progressiste conservateur lors de la fusion avec l'Alliance canadienne. Cela dit, ce sera intéressant de voir comment se positionneront les députés et les sénateurs conservateurs québécois. La question de la maîtrise de la langue française constitue un critère important.

Éric Montigny, professeur au Département de science politique

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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