
Le lieutenant-général Roméo Dallaire alors qu'il commandait, en 1994, la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), où il a été témoin du génocide ayant fait plus de 800 000 victimes rwandaises.
— Ryan Remiorz/CP
Pour le lieutenant-général des Forces armées canadiennes à la retraite Roméo Dallaire, le plus terrible provient justement du manque de volonté des élites politiques de réagir avant qu'il ne soit trop tard. Joint au téléphone quelques jours avant la conférence qu'il donnera le jeudi 22 mai au nouvel amphithéâtre du PEPS, le sénateur Dallaire ne mâche pas ses mots pour décrire la situation sévissant dans ce petit pays d'Afrique centrale où s'affrontent les milices musulmanes et chrétiennes pour l'appropriation du pouvoir. «En 1993, on se trouvait dans un pays où on n'avait aucune expérience», dit Roméo Dallaire en faisant référence à la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda qu'il commandait. «On a fait des erreurs de parcours, car on ne savait pas dans quoi on s'embarquait. Mais, présentement, nos gouvernements et ceux d'autres pays occidentaux savent quoi faire, mais ils n'ont pas le courage d'agir», constate-t-il.
Pourtant, les indices d'un génocide s'accumulent, avec en premier lieu l'utilisation massive d'enfants soldats, drogués de force et qui foncent sur tout ce qui bouge quand l'ordre leur en est donné. Le recrutement d'enfants comme armes de guerre aurait ainsi commencé il y a 3 ou 4 ans. «Cela ne semble pas être une raison suffisante pour qu'on intervienne afin d'arrêter ce recrutement forcé», affirme Roméo Dallaire, qui déplore aussi l'inaction du gouvernement fédéral dans le dossier.
«De la part d'un pays qui a la capacité de sauver beaucoup de vies, je trouve ça inouï comme abdication!», lance-t-il. En plus du déploiement de troupes canadiennes, la solution consisterait à augmenter le nombre de soldats de l'Union africaine dans le pays. Tout cela contribuerait à stabiliser la situation. Quant à la présence du «pays colonisateur», la France, qui y a envoyé 2000 soldats, Roméo Dallaire estime qu'il s'agit là d'une erreur. «Les soldats connaissent le milieu, mais ils manquent d'objectivité et de neutralité», allègue-t-il.
En entrevue, et par respect pour les gens qui paieront pour assister à la conférence de ce soir, le sénateur préfère ne pas parler de certains aspects du génocide au Rwanda qui seront dévoilés pour la première fois ce soir comme le promet la publicité entourant l'événement. Une chose est certaine, le conférencier mettra «les points sur les i», comme il le spécifie. Tous les profits de la soirée iront à sa fondation (fondationromeodallaire.com), dont la mission est d'aider des jeunes issus de milieux défavorisés des régions de Québec et de Lévis à bâtir leur estime de soi et développer leur leadership par différentes activités, dont des camps de vacances estivaux.
La conférence «20 ans plus tard: ce qui aurait pu être évité» se tient le jeudi 22 mai, à 19h, au nouvel amphithéâtre du PEPS. Coût: de 35$ à 100$ selon l'endroit occupé. Pour réservation: 418 656-3668.


























