
«J'aime beaucoup l'approche du faux documentaire, explique Fred Pellerin. Ce qui m'intéresse, c'est l'équilibre entre le merveilleux et le réel, entre le vrai et le faux.»
— Marc Robitaille
«Chez nous, il y a un comité de vigilance qui accueille le nouveau avec une corbeille remplie de cadeaux. Veux veux pas, tu t’intègres!», assure avec humour le célèbre conteur, qui était l’invité de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d'expression française en Amérique du Nord (CEFAN). Comme la chaire n’avait pas ébruité la venue du conteur, craignant un afflux trop grand de personnes dans cette petite salle du pavillon Charles-De Koninck, Fred Pellerin s’est donc adressé, le 25 octobre, à une vingtaine d’étudiants inscrits au séminaire de la CEFAN qui porte cette année sur les processus de création-production de la culture d’expression française nord-américaine. Du bonbon.
De façon méthodique, puis en perdant soudainement le fil pour le retrouver ensuite comme lui seul peut le faire, l’homme a raconté ses débuts comme guide touristique à Saint-Élie-de-Caxton, au début des années 2000. Au volant de son tracteur auquel il a ajouté des sièges d’autobus, le voilà qui promène ses premiers touristes à travers le village. «Ma référence, c’était le gars en calèche dans le Vieux-Québec», dit Fred Pellerin. Au bout de trois voyages cependant, Fred en a le sien de toujours répéter la même chose. Alors, il se met à raconter l’histoire de Méo le coiffeur, celle de Ti-Zoune ou de Toussaint Brodeur. Pour donner de l’ampleur à la visite, il élabore un circuit touristique audio qui fonctionne comme au musée, à la seule différence que le visiteur ne s’arrête pas devant une toile ou un objet, mais devant la maison d’un Ésimésac Gélinas ou d’un Souris Garand. Certains personnages sont des résidents actuels du village, tandis que d’autres l’ont été.
«J’aime beaucoup l’approche du faux documentaire, explique Fred Pellerin. Ce qui m’intéresse, c’est l’équilibre entre le merveilleux et le réel, entre le vrai et le faux. Les gens viennent chercher chez nous du délire; l’important n’est pas de créer de la vérité. Mon affaire, poursuit-il, c’est d’embarquer le monde du village dans le projet. Avant de sortir une nouvelle capsule audio par exemple, on fait tout approuver par les gens concernés. Demain matin, t’en as assez que le monde s’arrête devant ta maison? Pas de problème, on t’enlève du parcours.»
Fred Pellerin ne cache pas que le projet, qui roule depuis 2006, est un peu poussiéreux. «On était un village près de Shawinigan; là, on est Saint-Élie-de-Caxton. Il ne faut pas seulement continuer, il faut se renouveler.» Dans cette foulée, il se pourrait bien que les touristes découvrent le village non plus seulement durant l’été, mais aussi durant l’hiver. En attendant de concrétiser ce projet, l’artiste lauréat du Félix du spectacle de l’année – Interprète pour son spectacle «De peigne et de misère», au dernier gala de l’ADISQ, organise des apéros littéraires dans une salle attenante à sa maison et des soirées d’étoiles filantes par ciels nuageux. Ce qu’il a fait pour Saint-Élie-de-Caxton pourrait-il s’appliquer à d’autres villages, comme le lui a demandé une étudiante lors de la conférence? «Je sais que cela a marché pour Saint-Élie. Pour moi, l’essentiel consiste à chercher et à trouver le sacré du lieu qu’on habite.»