Société

Une question d'éducation

Josée Néron prône la tolérance zéro en ce qui concerne la pornographie dans les milieux de travail

Par : Renée Larochelle
Marie exerce le métier de policière. Un beau vendredi, en fin d’après-midi, ses collègues de travail, tous masculins, lui demandent si elle ne souhaiterait pas les suivre dans leur tournée hebdomadaire dans les bars de danseuses nues. Interloquée, Marie ne répond pas, pendant qu’un sentiment d’humiliation envahit tout son être. Ses collègues lui ont lancé l’invitation comme il l’aurait invitée à prendre un café au restaurant du coin, sans égard pour sa personne. Cette anecdote véridique, Josée Néron, spécialiste de la question des droits et libertés des femmes et chargée de cours à la Faculté de droit, la raconte parfois à ses étudiantes et étudiants pour illustrer à quel point les phénomènes reliés à la pornographie sont encore présents dans notre société, notamment dans les milieux de travail.
   
Le 25 septembre, la juriste participait à une conférence publique à l’Université qui s’est déroulée dans le cadre des Journées d’action contre la pornographie, en compagnie d’autres féministes. Titre de sa communication: «La dignité qu’ossa donne? Ou le plaisir du maître au travail».  «La pornographie, c’est comme un coup de poing au visage des femmes, dit Josée Néron. Dans les milieux où on retrouve des ouvriers de sexe masculin, les femmes doivent encore faire face à cette forme d’hostilité directe. Par exemple, des femmes inspectrices qui visitent des usines se retrouvent devant des calendriers de femmes nues. Dans les ateliers de réparation automobile, il n’est pas rare d’apercevoir des calendriers ou des affiches représentant des femmes déshabillées arborant des positions dégradantes. Dans tous les secteurs de travail, en voulant parler à un collègue, une femme peut tomber inopinément sur un écran d’ordinateur où s’étalent des corps féminins. Sans compter la pornographie omniprésente sur Internet.»
 
Une question d’éducation
La pornographie s’infiltre insidieusement dans les relations entre les hommes et les femmes, déshumanisant leurs rapports, estime Josée Néron. Très tôt, les garçons apprennent que la pornographie, y a rien là, comme si le phénomène était normalisé. «Quand les femmes disent que la pornographie les dérange, elles sont considérées comme des empêcheuses de tourner en rond, souligne Josée Néron. Les hommes leur disent de regarder ailleurs si elles ne sont pas contentes ou les traitent de saintes nitouches. C’est une forme de contrôle de leur part, la pornographie étant le dernier château fort de ce contrôle.»
   
Si la pornographie juvénile est considérée comme un fléau et que tout le monde s’entend pour dire qu’il faut l’enrayer, la chose est différente quand on parle de pornographie dans les milieux de travail. «C’est une question d’éducation, dit Josée Néron. Il faut amener le sujet de la pornographie sur la place publique et briser les tabous. Il y a une bataille à mener contre la pornographie, comme il y en a eu une à livrer contre le harcèlement sexuel au travail. S’il n’existe pas de positions officielles sur la question, le débat n’avancera pas. En même temps, l’hostilité qu’on remarque envers les féministes montre que nous sommes dans la bonne direction.»

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