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Seuls au monde

La violence psychologique ne laisse pas de traces physiques mais elle marque au fer rouge l’enfant qui en est victime 

Par : Renée Larochelle
Dans la classe de 3e année que fréquente Martin, les enfants sont fébriles. À l’invitation de leur enseignante, ils s’apprêtent à confectionner une carte pour souligner la fête des Pères. Déjà, crayons de couleurs, ciseaux et bâtons de colle couvrent les bureaux ; c’est à qui confectionnera le plus beau dessin. Martin, lui, est pensif et ne touche à rien. Sachant déjà que son père ne jettera même pas un coup d’œil sur la carte qu’il lui offrira, il  souffre en silence.

L’indifférence. S’il est une forme de violence psychologique blessante et dévastatrice pour un enfant, c’est bien cette attitude du parent qui consiste à ignorer sous une forme plus ou moins appuyée sa présence, ses gestes ou ses activités. En effet, pire que les coups ou les insultes, cette attitude de la part des parent a des effets extrêmement néfastes sur le développement de l’enfant, minant son estime de soi et son besoin d’être reconnu à sa juste valeur. «L’indifférence s’apparente véritablement à un déni du droit d’exister de l’enfant et sape son identité», dit Marie-Hélène Gagné, professeure à l’École de psychologie et responsable du colloque organisé par le Centre de recherche sur l’adaptation des jeunes et des familles à risque (JEFAR) qui a eu lieu le 23 novembre sur le thème «La violence psychologique, mots d’adulte, maux d’enfant». «On entend beaucoup parler de violence physique dans les médias ces temps-ci, ajoute Marie-Hélène Gagné. Parce qu’elle ne laisse pas de traces sur le corps, la violence psychologique est peut-être moins spectaculaire mais elle engendre des bleus à l’âme difficiles à guérir. Certains enfants qui en sont victimes s’automutilent ou tentent de se suicider. Beaucoup  traînent cette détresse toute leur vie.» 

Les mots qui sonnent
Lors de ce colloque qui a rassemblé plus de 200 personnes, dont des travailleurs sociaux, des psychologues, des étudiants et divers intervenants des centres jeunesse et du milieu de l’éducation, la question de la violence psychologique exercée par les adultes envers les enfants a été examinée sous plusieurs aspects. Si la violence psychologique se manifeste dans la famille par des insultes, du dénigrement ou de l’intimidation, elle se révèle également à l’école. «Par exemple, il peut arriver qu’un enseignant poussé à bout par le comportement d’un enfant commette des abus verbaux, explique Marie-Hélène Gagné. Pourtant, les enfants fauteurs de troubles sont souvent ceux qui ont le plus besoin d’aide.» Autre exemple, des ados aux prises avec toutes sortes de difficultés et sur le point de décrocher de l’école vont se sentir méprisés par les enseignants et rejetés par leurs parents. Qu’ils soient à la maison ou à l’école, ils se sentent bousculés, harcelés et pointés du doigt par les adultes. Ils ne sont les bienvenus nulle part et on leur montre souvent la porte, au propre comme au figuré.   

Les enfants témoins de violence conjugale peuvent vivre de la violence psychologique. C’est le cas d’un enfant qui voit son père battre sa mère. Une forme de terrorisme s’installe, l’enfant ayant peur de perdre le parent auprès duquel il se sent en sécurité ou pire, d’être lui-même la prochaine victime. Très subtile, la violence psychologique peut amener souffrance et dépression, d’où l’importance de ne pas la banaliser. Concrètement, cela signifie de réagir immédiatement quand on s’aperçoit que nos relations avec nos enfants se détériorent et que ce mal-être se traduit par du dénigrement, des menaces ou de l’indifférence à leur égard. «En tant qu’adulte, il faut développer l’empathie avec les enfants et se demander quel effet ont nos paroles et nos actes sur eux, rappelle Marie-Hélène Gagné. Et si la charge est trop lourde, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide. Car la violence psychologique mine à petit feu l’enfant, ne l’oublions-pas.»
   

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