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Les oméga-3 pourraient aider à traiter le psoriasis

Une supplémentation en acide alpha-linolénique normalise la multiplication et la différenciation des cellules cutanées dans un modèle tissulaire de la maladie

Par : Jean Hamann

Une équipe de recherche de l'Université Laval vient de mettre en lumière les mécanismes qui permettent aux oméga-3 d'atténuer certaines manifestations du psoriasis. Leurs travaux, parus dans le Journal of Investigative Dermatology, montrent comment des acides gras oméga-3 normalisent la prolifération et la différenciation des cellules cutanées dans un modèle de peau psoriasique.

Pour faire cette démonstration, l'équipe dirigée par Roxane Pouliot, professeure à la Faculté de pharmacie et chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, a fait appel à un modèle de peau in vitro conçu au Centre d'organogenèse expérimentale de l'Université Laval. «Nous créons in vitro un tissu cutané à partir de cellules du derme et de l'épiderme provenant de personnes souffrant de psoriasis, explique la professeure Pouliot. Cette peau présente les principales caractéristiques de la maladie, soit une hyperprolifération et une différenciation anormale des cellules cutanées.»

Le psoriasis s'accompagne également d'un dérèglement du métabolisme des lipides et d'une augmentation des médiateurs lipidiques qui favorise l'inflammation. C'est pour cette raison qu'au cours des dernières années des chercheurs ont eu l'idée d'explorer les effets des acides gras oméga-3, considérés anti-inflammatoires, sur le psoriasis. Jusqu'à maintenant, ces travaux ont conduit à des conclusions variables et parfois opposées.

La professeure Pouliot et son équipe ont voulu apporter un nouvel éclairage sur la question en examinant ce qui se produisait lorsqu'un oméga-3 était ajouté dans un milieu de culture où se trouvait leur modèle de peau psoriasique. Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé l'acide alpha-linolénique (ALA), un oméga-3 présent notamment dans le lin, le colza et les noix. Cet acide gras peut être converti par les cellules cutanées en deux oméga-3 plus connus, l'EPA et le DHA.

Les expériences ont montré que l'ajout d'ALA:

  • A réduit de moitié l'abondance de Ki67, un marqueur de la prolifération des cellules cutanées
  • A diminué d'environ 30% l'épaisseur de l'épiderme, une indication que la différenciation cellulaire se déroulait plus normalement
  • A établi un meilleur équilibre entre les médiateurs lipidiques anti-inflammatoires et les médiateurs lipidiques pro-inflammatoires
À gauche, une coupe transversale du modèle de peau psoriasique montrant une hyperprolifération et une différenciation anormale des cellules de l'épiderme (la couche du centre). La photo de droite montre que ces problèmes sont atténués lorsqu'un oméga-3 est ajouté au milieu de culture.

Cette démonstration in vitro des effets bénéfiques des oméga-3 sur les manifestations du psoriasis va de pair avec les études épidémiologiques qui indiquent que cette maladie est moins fréquente dans les pays où l'alimentation – de type méditerranéen ou asiatique, par exemple – réserve une place de choix aux oméga-3. Bien que le lien de causalité n'ait pas été démontré, il y a là une piste très intéressante, estime la professeure Pouliot.


« Que ce soit sous forme d'aliments, de suppléments ou de formulations médicamenteuses, les oméga-3 semblent posséder des propriétés qui pourraient venir en aide aux personnes aux prises avec le psoriasis. »
Roxane Pouliot

«Environ 3% de la population mondiale souffre de psoriasis, rappelle-t-elle. Les traitements actuels sont relativement coûteux et ils peuvent avoir des effets secondaires indésirables. Que ce soit sous forme d'aliments, de suppléments ou de formulations médicamenteuses, les oméga-3 semblent posséder des propriétés qui pourraient venir en aide aux personnes aux prises avec le psoriasis.»

L'étude parue dans le Journal of Investigative Dermatology est signée par Mélissa Simard, Geneviève Rioux, Sophie Morin, Cyril Martin, Sylvain Guérin, Nicolas Flamand, Pierre Julien, Julie Fradette et Roxane Pouliot. Ces personnes sont rattachées au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval et au Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

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