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Hara-kiri sur Anticosti

Des chercheurs du Département de biologie tentent de protéger le cerf de Virginie contre ses propres méfaits

Par : Jean Hamann
Steeve Côté, titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Produits forestiers Anticosti: «Nous voulons donner une vision écosystémique à nos travaux».
Steeve Côté, titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Produits forestiers Anticosti: «Nous voulons donner une vision écosystémique à nos travaux».
Existe-t-il des façons d’empêcher le cerf de Virginie de se faire hara-kiri sur l’île d’Anticosti? Cette question, à laquelle tentent de répondre des chercheurs du Département de biologie depuis 2001, demeurera au coeur de leurs préoccupations jusqu’en 2011. En effet, la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Produits forestiers Anticosti en aménagement intégré des ressources forestières de l'île d'Anticosti vient d’obtenir un financement de 2,44 M $, provenant à parts égales du CRSNG et de la compagnie Produits forestiers Anticosti, pour explorer des stratégies d’aménagement forestier et faunique adaptées au contexte particulier de cette grande île du golfe Saint-Laurent.
   
Le titulaire de la chaire, Steeve Côté, poursuivra les travaux amorcés il y a six ans dans le cadre des activités d’une première chaire dont il était le co-titulaire avec Jean Huot. «La situation du cerf s’est détériorée depuis 2001, estime le professeur Côté. Il y a eu de nombreux chablis sur l’île, les sapinières vieillissent et le broutage des 166 000 cerfs fait en sorte qu’il n’y a pratiquement pas de régénération. L’habitat du cerf continue à se dégrader.»  Depuis un siècle, la superficie des sapinières a diminué de 50 % sur l'île. Celles qui subsistent ont maintenant plus de 120 ans et leurs plus beaux jours sont clairement derrière elles. La régénération de ces vieilles forêts, utilisées comme source de nourriture et comme abri par les chevreuils, est compromise par les cerfs eux-mêmes. Tout y passe: les arbres feuillus, les plantes de sous-bois et, sa principale source d'alimentation pendant l'hiver, les sapins. Advenant la disparition de ce conifère, le cerf devrait se rabattre sur l’épinette blanche, une espèce qui ne fait pas officiellement partie de son régime alimentaire. Si la tendance se maintient, un crash démographique catastrophique de la population de cerfs est donc à craindre, ce qui aurait des répercussions importantes pour l'économie locale.

Le rôle de l’exploitation forestière
La chasse au cerf de Virginie génère des retombées d’environ 12 M $ par an à Anticosti, ce qui en fait la principale activité économique de l’île. L’exploitation forestière doit donc être faite en tenant compte des besoins du chevreuil. «Le défi consiste à conserver des densités élevées de cerfs tout en permettant la régénération de l’habitat», résume le professeur Côté. En vertu du plan de gestion de l’île, la compagnie forestière est tenue d’assurer la régénération en sapinière des sites où elle prélève du bois. Pour l’instant, la seule méthode qui s’est révélée efficace pour protéger les jeunes plants de sapin contre le broutage des cerfs est la construction d’enclos. Environ 275 km de clôtures – plus que la distance Québec-Montréal - ont ainsi été installées autour de parterres de coupe. «La repousse de la végétation à l’intérieur des enclos est très bonne», souligne Steeve Côté.
   
Les chercheurs ont aussi érigé des enclos, qui totalisent 12 km de clôture, à l’intérieur desquels la densité de cerfs a été modifiée par le biais d’une chasse expérimentale. «Nous étudions la réponse de la végétation en fonction de diverses densités de cerfs, explique Steeve Côté. Nous avons établi la densité optimale de cerfs qui permet la reprise de la végétation et nous voulons maintenant déterminer à partir de quel âge les sapins échappent au broutement du cerf. Cette information nous indiquera le moment à partir duquel les enclos peuvent être enlevés.»
   
Les chercheurs sont aussi sur la piste de nouveaux moyens pour protéger les jeunes sapins des assauts du chevreuil, mais pour l’instant le recours aux enclos constitue la seule approche fiable. «Cet outil d’aménagement est compatible avec la chasse et la villégiature, assure Steeve Côté. Les aires de coupe ne représentent que 400 km2 sur les 8000 km2 que compte l’île.»
   
Axés jusqu’à présent sur la relation cerf-sapin, les travaux de la chaire embrasseront plus large au cours des prochaines années. «Nous voulons donner une vision écosystémique à nos travaux en étudiant l’impact du broutage du cerf sur les autres plantes ainsi que sur les insectes, les oiseaux forestiers et les petits mammifères de l'île.» À cette fin, la chaire pourra notamment compter sur quatre chercheurs de l'Université provenant de différents horizons: David Pothier (Sciences du bois et de la forêt), Conrad Cloutier et Jean-Pierre Tremblay (Biologie) et Monique Poulin (Phytologie). Outre le CRSNG et Produits forestiers Anticosti, la chaire bénéficie de l'appui du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec et de l’Université Laval. Pour en savoir plus, visitez le www.cen.ulaval.ca/anticosti/.

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