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De lunaire à dunaire

Les essais de restauration végétale donnent des résultats encourageants dans un village du Nunavik

Par : Jean Hamann
ll suffirait de trois ou quatre ans pour que les travaux de restauration végétale produisent des résultats significatifs sur le territoire de Whapmagoostui-Kuujjuarapik, estime le professeur Stéphane Boudreau.
ll suffirait de trois ou quatre ans pour que les travaux de restauration végétale produisent des résultats significatifs sur le territoire de Whapmagoostui-Kuujjuarapik, estime le professeur Stéphane Boudreau.
Le village de Whapmagoostui, au Nunavik, est aux prises avec de fréquentes tempêtes de sable et avec la pollution de l'air qui en résulte. Il y aurait moyen de juguler rapidement ces problèmes sans qu'il en coûte les yeux de la tête en misant sur une approche on ne peut plus naturelle, démontrent trois chercheurs du Centre d'études nordiques (CEN), Alexis Deshaies, Stéphane Boudreau et Karen Harper, dans un récent numéro de la revue Arctic, Antarctic and Alpine Research. Il suffirait de stabiliser le sol du village à l'aide de plantes indigènes.
   
Whapmagoostui, la partie crie du village auparavant connu sous le nom de Poste-de-la-Baleine, a été construit sur des dunes aux abords de la baie d'Hudson. Le couvert végétal de ce village cri — tout comme celui de Kuujjuarapik, le village inuit adjacent — a été malmené au cours du dernier demi-siècle. La construction d'une base militaire en 1955, le développement du village qui compte maintenant plus de 700 résidants cris (630 du côté inuit) et la circulation des véhicules tout-terrain ont mis à nu ce qui était autrefois un système dunaire recouvert d'une abondante végétation. Aujourd'hui, les plantes ne recouvrent que 35 % de la superficie de ce village.
   
À la demande du Conseil de bande et de l'Autorité régionale crie, les chercheurs du CEN, associés à la Chaire de recherche nordique en écologie des perturbations, se sont penchés sur ce problème. Ils ont mené des tests de germination, de survie et de croissance sur trois espèces qui poussent naturellement dans les dunes de la région: l'élyme des sables, une plante qui forme un réseau de rhizomes apte à stabiliser le sol, la gesse maritime ou pois de mer, qui enrichit le sol en fixant l'azote atmosphérique, et la trisète à épi, qui s'épanouit sur les dunes stabilisées. «Ces plantes ont été choisies parce qu'elles poussent naturellement dans les environs, qu'elles produisent beaucoup de graines, qu'elles peuvent aussi se propager végétativement et enfin parce qu'une consultation a révélé que leur apparence plaisait aux résidants», explique Stéphane Boudreau, professeur au Département de biologie.
   
Les essais effectués en serres et dans la cour arrière de résidants du village confirment que ces espèces, en particulier l'élyme des sables et la trisète à épi, peuvent servir à restaurer des sites en milieu subarctique. «Elles parviennent à s'établir dès la première saison de croissance, elles résistent à l'hiver et elles poussent rapidement dès leur deuxième saison de croissance», résume le chercheur. L'application d'une seule dose de fertilisant minéral à libération graduelle augmente par un facteur dix la croissance de l'élyme et de la trisète. «Il suffirait de trois ou quatre ans pour obtenir un bon couvert végétal sur les sites restaurés», estime le professeur Boudreau.
   
Avant d'entreprendre un programme de restauration végétale dans tout le village, les autorités locales devront toutefois régler un problème important. «Il faut mieux contrôler la circulation des véhicules tout-terrain, souligne à double trait le chercheur. Sans une réduction drastique du passage de ces véhicules sur les terrains des résidants, les projets de restauration végétale sont condamnés à l'échec.»

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