20 octobre 2026
Une communauté de pratique et de soutien pour chercheuses et chercheurs autochtones prend forme
Des étudiantes et étudiants autochtones aux cycles supérieurs de plusieurs universités unissent leurs forces pour la mise sur pied d'un réseau visant à appuyer et à valoriser la recherche autochtone

Une partie du groupe ayant pris part au premier rassemblement interuniversitaire, qui a réuni une vingtaine de membres de neuf nations autochtones ainsi que des chercheuses et chercheurs autochtones invités, à Wendake et sur le campus au début d’octobre.
— Daniel Bérubé
Karine Awashish est Atikamekw. Elle est aussi professeure assistante au Département de management de la Faculté des sciences de l'administration et doctorante en sociologie. Son conjoint, Louis-Karl Picard-Sioui est Wendat, anthropologue et candidat au doctorat en études littéraires. Ensemble, ils ont souvent échangé sur leurs réalités en tant que chercheuse et chercheur autochtones. Des amis dans la même situation se joignaient parfois à leurs discussions. Comment être reconnus à la fois comme scientifiques et comme Autochtones? Comment concilier le monde des sciences et celui des savoirs autochtones? Comment faire de la recherche en contexte autochtone, alors que les pratiques s'appuient surtout sur une posture non autochtone?
Ces questionnements font écho à ceux soulevés en 2021 lors de la 6e édition du Forum national de la réconciliation organisée, entre autres, par l'Université Laval. Des personnes étudiantes autochtones y avaient aussi souligné la double tâche qui leur incombe en tant que pionnières et pionniers: sensibiliser le milieu de la recherche aux biais tout en menant leurs études. «Les Autochtones sont de plus en plus nombreux à accéder aux études supérieures, alors pourquoi ne pas se pencher plus largement sur ces questions?» s'est souvent demandé Karine Awashish.
Une première pierre à l'édifice
Son raisonnement s'est précisé à partir de l'automne 2025 après quelques perches lancées au Bureau des Premiers Peuples et à la Faculté des études supérieures et postdoctorales, dont elle salue l'ouverture.
Samuel Nepton, Innu, chargé d'enseignement à la Faculté de philosophie et nouvellement détenteur d'un doctorat dans ce domaine, s'est greffé aux démarches. Rapidement, l'idée d'organiser un premier rassemblement interuniversitaire s'est imposée. «On voulait agir en cohérence avec la manière autochtone, qui met l'accent sur les relations et le dialogue. Donc, ne pas prévoir un colloque où l'on fait état de nos recherches de façon purement intellectuelle. On souhaitait créer un noyau d'ambassadeurs dans une atmosphère conviviale et un esprit de respect, propices à amorcer des réflexions.»
L'événement s'est tenu durant trois jours sur le campus et à Wendake au début d'octobre 2026. Il a réuni 19 membres de 9 nations autochtones rattachés à une dizaine d'établissements universitaires du Québec, en plus de l'Université de Moncton et de celle d'Ottawa. Leurs champs d'études – sciences et génie, sciences humaines, sciences de la santé, arts – étaient variés. Ces personnes, dont six de l'Université Laval incluant Samuel Nepton, Karine Awashish et Louis-Karl Picard-Sioui, ont pu échanger sur leur vécu commun. Elles ont aussi bénéficié des savoirs de chercheuses et de chercheurs autochtones invités, dont le sociologue Guy Sioui Durand, l'astronome Laurie Rousseau-Nepton et la philosophe Édith Bélanger.
Étudiante à la maîtrise en sciences infirmières à l'Université de Montréal et Innue, Joannie Gill tenait à être présente. «J'ai pu briser l'isolement», se réjouit celle qui prépare son mémoire depuis la communauté de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, où elle réside. Le témoignage de Laurie Rousseau-Nepton a constitué un moment fort de son expérience. «Son intégration des savoirs autochtones millénaires dans ses études m'a impressionnée. J'ai compris qu'il est possible de mélanger les perspectives autochtones et allochtones en créant des méthodologies porteuses de sens pour nous et reconnues par la communauté scientifique.»

Joannie Gill, Innue et étudiante à la maîtrise en sciences infirmières à l'Université de Montréal, Samuel Nepton, Innu, chargé d'enseignement à la Faculté de philosophie de l'Université Laval et détenteur d'un doctorat dans ce domaine, et Karine Awashish, Atikamekw, professeure assistante au Département de management de l'Université Laval et doctorante en sociologie.
— Daniel Bérubé
Des retombées qui répondent aux attentes
Pour Samuel Nepton et Karine Awashish, les retombées de ce cercle initial correspondent à leurs attentes et à celles des participantes et participants. «Ils ont partagé leurs bons coups et leurs difficultés avec beaucoup de ressenti, fait valoir le chargé d'enseignement. Les liens créés nous outillent pour la suite, entre autres, pour mieux traiter d'enjeux sensibles.»
Les étapes de construction se poursuivront dans les mois qui viennent. La prochaine rencontre est prévue pour mars 2027. «Éventuellement, nous pourrons voir les effets de cette communauté auprès des jeunes Autochtones, espère Karine Awashish. Avoir des modèles ouvre leurs yeux sur leurs possibilités d'avenir.»
























