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Déprescription de médicaments: les personnes âgées sont partantes

La grande majorité accepterait d'abandonner des médicaments si leur médecin le recommandait

Par : Jean Hamann
Les professionnels de la santé, en particulier les pharmaciens, ont un rôle important à jouer dans le processus de déprescription. Ils doivent faire équipe avec les patients et les proches aidants.
Les professionnels de la santé, en particulier les pharmaciens, ont un rôle important à jouer dans le processus de déprescription. Ils doivent faire équipe avec les patients et les proches aidants.

Au Québec, la surconsommation de médicaments est un phénomène répandu, mais il n'est pas irréversible. À preuve, une étude qui vient de paraître dans le Journal of Applied Gerontology révèle que 85% des personnes âgées seraient disposées à abandonner au moins un médicament, si leur médecin le recommandait.

«Ces résultats suggèrent que la déprescription de médicaments est une idée bien accueillie par une large proportion des personnes âgées», constate la responsable de l'étude, Caroline Sirois, de la Faculté de pharmacie et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.

La professeure Sirois et ses collaboratrices ont sondé 110 personnes de 65 ans ou plus, recrutées dans des pharmacies ou des centres communautaires du Québec, pour documenter leur attitude par rapport à la déprescription. Les répondants, dont l'âge moyen était de 75 ans, prenaient entre 2 et 6 médicaments par jour. «C'est assez représentatif des gens en bonne santé dans ce groupe d'âge», précise la professeure Sirois.

La grande majorité des répondants accepterait de cesser un médicament jugé inadéquat par leur médecin, mais une personne sur 7 refuserait. «Il existe une forme d'attachement irrationnel à certains médicaments, constate la chercheuse. Par exemple, il peut être difficile de convaincre une personne qui dort mal de cesser de prendre des médicaments contre l'insomnie, même si aucun de ces médicaments n'est efficace à long terme. Les gens pensent qu'ils dormiraient encore moins bien s'ils n'en prenaient pas.»

Fait étonnant, 94% des répondants se sont dits satisfaits de leur médication. «Cela suggère qu'on ne peut pas se fier au degré de satisfaction par rapport à la médication pour identifier les patients qui pourraient être priorisés dans une démarche de déprescription», commente la professeure Sirois.


« Le risque de prendre un médicament inapproprié augmente en fonction du nombre de prescriptions. Il faudrait donc porter une attention particulière aux personnes polymédicamentées. Mais il faut aussi miser sur la prévention et évaluer régulièrement la pertinence des médicaments des personnes qui n'ont que quelques prescriptions. »
Caroline Sirois, au sujet des priorités de la déprescription

Dans une étude antérieure, cette équipe de recherche avait démontré que 48% des Québécois de plus de 65 ans prenaient au moins un médicament potentiellement inapproprié. «Il s'agit de médicaments pour lesquels les risques d'effets secondaires indésirables sont plus grands que les bénéfices potentiels et pour lesquels il existe pas d'autres avenues de traitements», précise la chercheuse.

Par où commencer l'exercice de déprescription? «Le risque de prendre un médicament inapproprié augmente en fonction du nombre de prescriptions. Il faudrait donc porter une attention particulière aux personnes polymédicamentées, analyse-t-elle. Mais il faut aussi miser sur la prévention et évaluer régulièrement la pertinence des médicaments des personnes qui n'ont que quelques prescriptions. Les professionnels de la santé, en particulier les pharmaciens, ont un rôle important à jouer dans le processus de déprescription. Notre étude montre qu'ils pourront compter sur l'appui des proches aidants puisque 71% d'entre eux ont également une attitude positive par rapport à la déprescription.»

L'étude parue dans le Journal of Applied Gerontology est signée par Bianca Rakheja et Caroline Sirois, de l'Université Laval, Nicole Ouellet, de l'Université du Québec à Rimouski, et Barbara Roux et Marie-Laure Laroche, de l'Université de Limoges.

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