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Le hêtre en voie de supplanter l'érable à sucre dans nos forêts

La prolifération du hêtre pourrait changer le visage des érablières à moyen terme

Par : Jean Hamann

L'érable à sucre et le hêtre à grandes feuilles se livrent présentement une lutte féroce dans les sous-bois du nord-est de l'Amérique du Nord. Si rien n'est fait, l'érable pourrait ne pas sortir gagnant de ce duel, une perspective inquiétante pour la biodiversité et pour les entreprises qui exploitent cette essence. Une équipe interuniversitaire de chercheurs qui s'est penchée sur la dynamique de ces deux essences vient de publier, dans la revue Forest Ecology and Management, une étude qui propose des interventions forestières pouvant faire pencher la balance en faveur de l'érable dans cette lutte présentement inégale.

«Le spectacle des couleurs offert par l'érable à sucre à l'automne n'est pas menacé pour le moment, mais l'envahissement progressif des forêts par le hêtre pourrait changer le visage des érablières à moyen terme», avance le responsable de l'étude, Alexis Achim, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt et directeur du Centre de recherche sur les matériaux renouvelables de l'Université Laval.


« Le spectacle des couleurs offert par l'érable à sucre à l'automne n'est pas menacé pour le moment, mais l'envahissement progressif des forêts par le hêtre pourrait changer le visage des érablières à moyen terme. »
Alexis Achim

Plusieurs idées ont été avancées pour expliquer pourquoi la régénération du hêtre est si forte depuis quelques décennies. Deux d'entre elles conduisent à une tempête parfaite pour l'érable à sucre, analyse le professeur Achim. «D'une part, le hêtre est affecté par deux champignons exotiques qui causent la maladie corticale du hêtre. Les hêtres y réagissent en produisant de nouvelles tiges (drageons) à partir de leurs racines. D'autre part, la machinerie utilisée lors des travaux sylvicoles cause des blessures aux arbres et, ici encore, le hêtre y réagit en produisant des drageons. Ces deux stress contribuent donc à l'augmentation de la densité des tiges de hêtres dans les érablières. Comme la plupart des hêtres infectés par la maladie corticale meurent relativement jeunes, l'écosystème semble engagé dans un cercle vicieux qui pourrait conduire à son effondrement.»

La maladie corticale du hêtre cause une dégradation de la qualité du bois et la mort à moyen terme de l'arbre. Le hêtre réagit à la maladie en produisant un grand nombre de tiges à partir de ses racines.

L'une des solutions avancées pour briser cette spirale consiste à effectuer des coupes qui ouvrent davantage le couvert forestier et qui augmentent la luminosité dans le sous-bois, une intervention qui favoriserait l'érable à sucre. Pour en évaluer l'efficacité, l'équipe dirigée par Alexis Achim a étudié, trois à six ans après la récolte, la régénération dans 12 sites de coupe du sud-ouest du Québec.

Résultats? Lorsque l'envahissement par le hêtre est encore peu prononcé, on peut maintenir un certain équilibre entre les deux essences grâce à des coupes où 50% du volume de bois disponible est récolté. Par contre, lorsque cet envahissement est bien enclenché, même des coupes qui récoltent 80% du volume de bois disponible ne suffisent pas. «Dans pareille situation, le problème est tellement important qu'il faut couper les hêtres, les petits comme les grands. Pour l'instant, il n'y a pas de danger pour la survie du hêtre. C'est l'inverse qui est l'enjeu», souligne le professeur Achim.


« Si nous laissons aller les choses, la biodiversité et l'avenir des érablières pourraient être compromis. »
Alexis Achim

À ceux qui verraient là une intervention humaine indue dans un processus naturel, le professeur Achim rappelle que la situation actuelle résulte en bonne partie de l'introduction de champignons exotiques dans nos forêts, un phénomène qui n'a rien de naturel. «Si nous laissons aller les choses, la biodiversité et l'avenir des érablières pourraient être compromis.»

La première auteure de l'étude parue dans Forest Ecology and Management est Émilie St-Jean. Outre Alexis Achim, les autres signataires sont Sébastien Meunier, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Philippe Nolet, de l'UQO, et Christian Messier, de l'UQAM.

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