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Le 12 août, j'achète un livre québécois

Pourquoi ne pas profiter de cette journée spéciale pour (re)découvrir un ouvrage issu du programme de création littéraire de l'Université Laval?

Par : Matthieu Dessureault

Chaque année, le 12 août est une journée consacrée à l'achat d'un livre québécois. Pour souligner l'événement, le professeur Alain Beaulieu propose cinq titres qui valent la découverte. Ces livres ont en commun d'avoir été écrits par d'anciens étudiants à la maîtrise ou au doctorat en création littéraire. Ce programme, unique dans le milieu universitaire, permet à des auteurs de mener à bien un projet d'ouvrage, en plus d'une recherche liée leur travail d'écriture.

La chambre (Éditions VLB), par Simon Lambert

Un homme se réveille dans une chambre. Il ignore comment il s'est retrouvé là, ni qui sont ses ravisseurs. À côté de lui, une pile de feuilles vierges, un porte-plume et un encrier. Visiblement, on attend de lui qu'il écrive quelque chose. La chambre est ce récit, celui d'un homme contraint d'écrire son histoire.

«Le roman met en scène un narrateur qui se voit reclus dans une chambre-cellule située dans un immeuble désaffecté d'une ville non identifiée. Ce livre trouve sa source dans une réflexion toute philosophique qui tourne autour de l'impossibilité de communiquer, de rejoindre l'Autre», indique le professeur Alain Beaulieu.

En plus de sa maîtrise en création littéraire, Simon Lambert est diplômé en philosophie. La chambre lui a valu le Prix Robert-Cliche du premier roman en 2010. Depuis, il a publié un autre roman qui a obtenu encore une fois un franc succès, Les crapauds sourds de Berlin.


« Dans l'étroitesse de cette chambre, il n'y a que le silence pour répondre à mes questions. La vague lueur jaunâtre qui filtre à travers la fenêtre lui confère des allures de cachot. Pour ajouter à mon épreuve, on m'a confié à la surveillance de cette femme qui fait sans cesse irruption. »
Extrait

La corbeille d'Alice (éditions XYZ), par Maude Deschênes Pradet

Alice revient d'un long voyage à Dakar. Pour faire le deuil d'un amoureux laissé là-bas, elle décide de lui écrire une lettre d'adieu, mais elle ne trouve pas les bons mots. Les pages froissées s'accumulent dans sa corbeille.

Finaliste pour le prestigieux prix Senghor, La corbeille d'Alice est l'histoire de cette jeune femme submergée par des sentiments parfois contradictoires.

«Nous sommes ici devant un roman intimiste qui se décline dans une écriture à la fois retenue et riche, qui colle au réel en rendant palpable ce qui bouscule la narratrice de l'intérieur, dit Alain Beaulieu. Ce roman nous permet de vivre avec la narratrice des moments importants de sa vie sentimentale faite d'interrogations, de joies et de déceptions qui laisseront leur marque dans la définition de sa personnalité.»

«Nous assistons en parallèle à une quête d'identité de la narratrice, qui se confronte à l'autre non seulement sur le plan individuel – l'autre prenant ici la forme d'un amoureux fuyant et inaccessible –, mais aussi sur le plan culturel, avec ce voyage en Afrique qui lui fait perdre ses repères et l'oblige à se voir comme étrangère malgré l'amitié et l'accueil qu'elle reçoit là-bas.»

La corbeille d'Alice a été suivi par la publication du roman Hivernages, Prix des horizons imaginaires en 2019.


« Je t'ai aimé dans la déchirure. Chaque émerveillement était une douleur en même temps qu'un bonheur, la découverte simultanée de deux vérités inexorables: tu étais mon Grand amour, et j'allais te perdre. »
Extrait

Sur le fil (éditions Tryptique), par Maude Déry

Devant son miroir, une femme ayant été défigurée par un incendie tente de camoufler ses cicatrices avant d'aller affronter le monde extérieur. Dès les premières pages de Sur le fil, le ton est donné. Maude Déry met en scène des personnages qui doivent surmonter une perte, que ce soit la beauté, un enfant, un parent, un amoureux ou encore la mémoire. À travers leurs souffrances, certains trouveront la force de se relever. D'autres, en revanche, se laisseront dévorer par leurs démons.

«Maude Déry a su ciseler ce recueil de nouvelles comme une courtepointe dont aucun fil ne dépasse, affirme son ancien professeur. La finesse de son écriture, de laquelle émane une musique toute particulière, sans fioriture mais d'une profondeur remarquable, témoigne de sa maîtrise du langage de fiction comme mode d'expression de ce qui fait la richesse de l'expérience humaine.»

«Les portraits qu'elle nous propose ici, souvent touchants, révèlent de cette auteure qu'elle possède une connaissance intuitive de la vie et de ses ressorts. Elle sait nous faire vivre ce que vivent ses personnages, nous permet avec chaque nouvelle d'entrer rapidement dans leur univers pour nous amener, en quelques phrases à peine – ce qui est le propre du bon nouvellier –, à nous identifier au personnage, à sentir avec lui le souffle parfois doux, souvent violent, de la vie qui vient et qui passe. Le lecteur sort de ce recueil avec la conviction d'avoir fait de réelles rencontres.»

Ce recueil a été finaliste au Prix des lecteurs de Radio-Canada en 2014. Maude Déry, aujourd'hui chargée de cours en création littéraire à l'Université Laval, a publié des textes de fiction dans diverses revues et animé des ateliers d'écriture pour les bibliothèques et l'Université du troisième âge.


« Tu t'étais réveillée entre les flammes, le souffle court, les poumons saturés de fumée. Des morsures plein les joues, des appels étouffés plein la gorge, cherchant le pouls de ton cœur dans la nuit incendiée. »
Extrait

Saccades (Hamac), par Maude Poissan

Un chef qui s'apprête à ouvrir son restaurant, une mère de famille qui rêve d'infidélité, un jeune homme qui a une phobie inexplicable de l'eau, deux enfants maltraités qui s'enfuient de leur domicile, une femme endeuillée qui tente de sauver un oiseau blessé: ce recueil de nouvelles de Maude Poissan rassemble des personnages qui ont en commun ce désir de donner plus de lumière à leur existence.

«La richesse du recueil repose sur la justesse des voix narratives distinctes, le jeu avec les points de vue, le développement en peu de mots de personnages solides et crédibles, bien campés sans devenir stéréotypés. Ils sont humains et souvent attachants malgré leurs défauts. Tout cela tient à l'écriture et au ton, très riches. Aux textures aussi, faites de nuances et d'observations qui sonnent juste. Cette intelligence du regard et du propos ajoute à l'originalité de ce recueil», indique le professeur Beaulieu.

Professeure de littérature au Cégep Limoilou, Maude Poissan a signé plusieurs autres ouvrages, en plus de créer des expositions et des spectacles littéraires.


« Nous avons longtemps entendu les claquements de langue des loups. Ils ont vidé nos chevaux en poussant de longs grognements satisfaits. La tempête s'est calmée. Je regardais l'aube venir, me répétant sans grande conviction qu'il y aurait suffisamment de chair sur les chevaux pour satisfaire la meute. »
Extrait

Les corps extraterrestres (éditions Druide), par Pierre-Luc Landry

Xavier et Hollywood n'ont rien en commun à première vue. L'un vit dans un monde hivernal, où il est représentant pharmaceutique, un métier qu'il déteste. L'autre, qui travaille dans un cimetière, n'a pas vu neiger depuis un an. Son cœur ayant été retiré pour des raisons médicales, il est en proie à des crampes qui lui traversent le thorax. Les corps extraterrestres est l'histoire un brin surréaliste de deux personnages qui se rencontrent dans un univers parallèle, celui de leurs rêves.

Ce livre explore des thèmes comme l'existence et la perception de la réalité. «Pierre-Luc Landry nous propose un roman qu'il qualifie d'existentialiste. On y retrouve en effet les caractéristiques propres au genre: angoisse plus ou moins douloureuse devant l'absurdité de l'existence, accablement assumé et lucide, etc. À la lecture de ce roman, on pense à Heidegger et à Sartre, mais tout cela est actualisé dans une forme de désincarnation relative», souligne Alain Beaulieu.

«Il y a ici, en filigrane, une expression du désir d'exister ailleurs que dans le virtuel alors que les personnages peinent à s'incarner réellement, ajoute le professeur. Toute la question de la procréation, liée à celle de la finalité de l'existence, me semble sous-jacente au texte. Les personnages se cherchent un espace de liberté sans trop savoir ce qu'ils pourraient en faire.»

Les corps extraterrestres a reçu le Prix du livre d'Ottawa et a fait l'objet d'une traduction en anglais. Pierre-Luc Landry est aujourd'hui professeur au Département de français de l'Université de Victoria.


« Ils restent longtemps debout devant la fenêtre trouée, à regarder cette pluie d'étoiles filantes. Ils ne disent rien. Ils pensent tous les deux que le ciel finira bientôt par s'éteindre, à ce rythme. »
Extrait

Relisez ces articles dans lesquels il est question d'autres livres écrits par d'anciens étudiants du programme de création littéraire:

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