Vie universitaire

Un musée dans le Van de Graaff?

Le démantèlement de l’accélérateur de particules marque la fin d’une époque à l’Université

Par : Jean Hamann
Quiconque circule sur le campus aura noté que la structure en forme de silo, nichée entre le pavillon Vachon et le nouveau pavillon d’optique et photonique, est recouverte d’une énorme toile depuis la mi-décembre. Au centre de ce cocon, l’accélérateur de particules Van de Graaff subit présentement une importante métamorphose aussi bien interne qu’externe. En effet, c’est dans les locaux souterrains de cette imposante structure que sera installé le calculateur haute performance dont l’Université se dotera par le biais du CLUMEQ (voir article en page 2). Le démantèlement de l’accélérateur vient clore une page d’histoire de la recherche à l’Université.

L’accélérateur de particules Van de Graaff a surgi de terre en 1962, soit en même temps que le pavillon Vachon auquel il est rattaché. C’est sous la pression du regretté professeur Larkin Kerwin du Département de physique – qui allait devenir le premier recteur laïque de l’Université dix ans plus tard – qu’un accélérateur de particules avait été inclus dans les plans du pavillon des sciences. «La physique nucléaire était aux années 1960 ce que la photonique est aux années 2000, commente le professeur René Roy, responsable de cet appareil depuis une quinzaine d’années. Ce domaine de la physique connaissait un développement fulgurant à l’époque.» Fabriqué à Boston, l’accélérateur de particules avait coûté 1 M$, ce qui constituait une somme considérable pour un instrument scientifique de recherche.

Il en coûtera environ 200 000$ pour refaire une beauté à ce bâtiment dont le turquoise chamarré de rouille trahissait l’âge vénérable. Ses murs de béton d’une épaisseur d’un mètre auraient rendu la démolition très ardue, signale le professeur Roy. «Il était plus simple de l’intégrer dans le décor que de le démolir», constate-t-il. Le démantèlement de tout l’appareillage a nécessité des mesures  spéciales. On craignait notamment d’y trouver de la radioactivité – il faut d’ailleurs un permis de la Commission canadienne de sûreté nucléaire pour opérer un accélérateur de particules. Les centaines de tests effectués par le Comité de radioprotection de l’Université n’ont révélé aucune trace de radioactivité. Si la structure a été recouverte d’une immense toile étanche, c’est pour éviter que la  vieille peinture – en particulier le plomb qu’elle contient - ne soit disséminée dans l’environnement lors des travaux de sablage.

Pendant plus de 40 ans, l’accélérateur de particules a servi à la recherche fondamentale en physique atomique et pour certaines études biologiques nécessitant le recours à des isotopes radioactifs. Le professeur Roy estime qu’une quarantaine d’étudiants à la maîtrise, une trentaine d’étudiants au doctorat et jusqu’à dix professeurs ont eu recours à cet équipement. «À une certaine époque, l’accélérateur fonctionnait 24 heures sur 24, tous les jours de semaine et parfois même la fin de semaine», signale le professionnel de recherche Claude Rioux. «L’appareil était vieillot, mais il a servi jusqu’en 2006, souligne de son côté René Roy. Il aurait toutefois fallu trouver de l’argent pour remplacer certaines pièces.»     Ici comme ailleurs au pays, le financement pour l’entretien de la plupart des accélérateurs a été coupé au début des années 1990. Depuis quelques années, René Roy et ses étudiants effectuent leurs expériences dans des installations situées à Vancouver ou en France. L’accélérateur servait surtout aux tests préliminaires qu’effectuaient les étudiants. L’étudiant-chercheur Donald Peyrot, qui a soutenu son doctorat en juin dernier, a eu l’honneur de fermer le cortège de chercheurs qui ont fait appel au Van de Graaff pour l’essentiel de leurs travaux.

Les locaux souterrains de l’accélérateur ont été récupérés pour installer le supercalculateur, mais le silo comme tel demeure vacant. On y trouve encore le coeur de l’accélérateur et l’immense coupole qui le recouvrait. René Roy, qui assume présentement la direction du Département de physique, génie physique et d’optique, caresse le projet d’y créer un musée. «Nous aimerions y exposer des pièces qui faisaient partie intégrante de l’accélérateur, des instruments scientifiques anciens appartenant au Département et des montages présentant la physique actuelle. Ce sera une sorte de musée qui servira à conserver une partie de notre patrimoine scientifique et à développer le goût des sciences chez les jeunes», espère-t-il.

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