15 janvier 2026
Santé mentale étudiante à l’Université Laval: des défis persistants, mais des solutions concrètes
À la lumière des résultats de l’OSMÉES, qui révèlent une santé mentale étudiante relativement bonne malgré des symptômes d’anxiété et dépressifs, l’Université peut continuer de miser sur des initiatives favorisant le bien-être

De gauche à droite: Véronique Lessard, vice-présidente à l’enseignement et à la recherche de la CADEUL, Louise Careau, directrice du Centre d’aide à la communauté étudiante, Cathia Bergeron, vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes, et Ingrid-Avila Tiomo, présidente de l’AELIES.
— Yan Doublet
Près de 94% des étudiantes et étudiants de l'Université Laval présentent une santé mentale de modérée à florissante, selon les conclusions de l'enquête de l'Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) rendues publiques à la fin de 2025. Cependant, derrière ce portrait global positif se cachent des signaux plus inquiétants chez une large proportion de la communauté étudiante qui affirme éprouver des symptômes d'anxiété ou dépressifs.
Face à ces enjeux et à l'aube d'une nouvelle session, la direction de l'Université Laval, le Centre d'aide à la communauté étudiante et les deux grandes associations étudiantes se réunissent pour présenter à ULaval nouvelles les constats à tirer de l’enquête de l’OSMÉES. Unanimes sur le fait que le développement d’une santé mentale étudiante florissante est une responsabilité partagée entre l’établissement et la communauté étudiante, ils profitent de l’occasion pour mettre en lumière différentes mesures prises pour soutenir la santé psychologique chez les étudiantes et étudiants.
Les hauts et les bas de la santé mentale
Appelé à dresser le portrait de la santé mentale étudiante au sein du réseau collégial et universitaire québécois, l'OSMÉES a mené la première phase de son enquête en novembre 2024. Un questionnaire a alors été soumis à un échantillon de près de 33 000 étudiantes et étudiants dans 77 établissements postsecondaires. À l'Université Laval, 2496 personnes ont rempli le questionnaire.
Publiés un an plus tard, les résultats indiquent que 93,79% de la communauté étudiante de l'Université Laval a une santé mentale globale de modérée à florissante – comparativement à 90,41% pour l'ensemble des répondantes et répondants de niveau universitaire.
«C'est une bonne nouvelle. Autrement dit, ce n'est qu'environ 6% de nos étudiants qui ont une santé mentale languissante. Toutefois, il faut apporter quelques nuances. Plus de 36% des répondants de l'Université Laval ont déclaré présenter des symptômes d'anxiété et près de 38% reconnaissent présenter des symptômes dépressifs. Mon hypothèse est que ces personnes réussissent à composer avec leurs symptômes puisqu'elles affirment, dans le même questionnaire, avoir une santé mentale globale modérée ou florissante. Il n'en reste pas moins qu'on doit prendre ces résultats au sérieux», soutient Louise Careau, psychologue de formation et directrice du Centre d'aide à la communauté étudiante.
La deuxième phase de l'enquête de l'OSMÉES est prévue en novembre 2026.
Un plan d'action gouvernemental qui change la donne en santé mentale
À la suite de la fragilisation de la santé mentale étudiante dans la foulée de la pandémie de COVID-19, le ministère de l'Enseignement supérieur a instauré en 2021, pour une période de cinq ans, le Plan d'action sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (PASMÉ). Grâce au financement reçu dans le cadre de ce plan, l'Université Laval a pu mettre sur pied plusieurs initiatives pour favoriser la santé psychologique, dont l'embauche d'intervenantes et intervenants de proximité.
«L'intervenant de proximité agit comme une courroie de transmission. Il écoute l'étudiant, évalue le suivi nécessaire et l'oriente vers les bons services. Les commentaires des étudiants et des facultés sont unanimes: c'est une mesure extraordinaire. Un vrai filet de sécurité!», explique Cathia Bergeron, vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes.
D'autres mesures ont également été instaurées ou bonifiées, comme la formation en ligne La santé mentale de la communauté étudiante et l'initiative Labs en santé, qui promeut la bienveillance et le bien-être dans des laboratoires et milieux de recherche où la pression d'excellence est palpable. À cela s'ajoutent de nouvelles activités coordonnées par Mon Équilibre ULaval, comme Opération vitamines, et de nouveaux espaces de ressourcement, les Bulles. En outre, pour briser l'isolement aux cycles supérieurs, des retraites de rédaction sont organisées.

Les Bulles, des espaces sereins et voués au bien-être, ont été aménagées dans divers pavillons.
— Université Laval
Des frigos-partage ont également vu le jour dans plusieurs résidences et pavillons avec l'aide de la CADEUL, de l'AELIES et d'autres associations étudiantes. La Table du Pain permet également de lutter contre l'insécurité alimentaire. «La santé mentale, c'est aussi sentir que nos besoins primaires sont comblés», rappelle Cathia Bergeron.
D'ailleurs, comme le remarque la présidente de l'AELIES Ingrid-Avila Tiomo, stress, insécurité financière et difficultés scolaires peuvent facilement créer un cercle vicieux. «La précarité, dit-elle, crée un stress qui nuit aux études et consume beaucoup d'énergie. Puis, l'épuisement a des répercussions sur la capacité de travailler et de performer. Tout est lié. C'est pourquoi l'AELIES a choisi de revoir les conditions de l’aide financière liées à l’excellence. On ne peut pas exiger d’un étudiant dans la précarité de maintenir un niveau d’excellence très avancé.»
De son côté, la CADEUL met en lumière l’importance de contribuer à la santé mentale étudiante sous toutes ses facettes. «Il n’y a pas qu’une seule solution pour combattre l’anxiété ou briser l’isolement. Ça passe par une diversité de moyens. Par exemple, d’une part, la CADEUL offre une assurance pour avoir accès à un service de téléconsultation appelé Dialogue. D’autre part, nous croyons que l’isolement peut être brisé par l’implication sur le campus. L’engagement est aussi une clé pour améliorer la santé mentale», affirme Véronique Lessard, vice-présidente à l’enseignement et à la recherche de la CADEUL.
«En effet, renchérit Ingrid-Avila Tiomo, on travaille beaucoup à changer la perception de la santé mentale chez les étudiants. Prendre du temps pour améliorer son bien-être ne doit plus être vu comme un facteur entravant, soit du temps perdu pour l’avancement des études, mais plutôt comme un facteur contributeur à la réussite. La recherche effrénée d’une performance constante peut conduire à l’épuisement. Prendre soin de soi, c’est une décision, un changement de mentalité.»
Vers une culture durable du bien‑être
Les paradigmes ont déjà bien changé, comme l’illustre Louise Careau. «Ça fait 35 ans que je travaille à l’Université, confie-t-elle, et à mes débuts, j'entendais des gens se questionner sur la pertinence d'avoir des psychologues sur le campus. C’est tout dire! Les mentalités se sont modifiées peu à peu, mais il faut reconnaître que le PASMÉ a été un accélérateur de changement.» Cette révolution s’observe même dans la dernière planification institutionnelle, qui intègre un chantier sur le bien‑être, «un jalon impensable il y a 10 ans à peine», selon elle.
Toutefois, malgré le mouvement déjà bien ancré, il reste encore du travail à faire, reconnaissent tous les acteurs de l’Université. «L’enquête de l’OSMÉES nous a permis de clarifier les revendications que nous ferons pour le renouvellement du PASMÉ, qui arrive à échéance. Dans son évaluation de la pertinence du PASMÉ, nous espérons que le ministère prendra en compte toutes les belles choses qui ont été faites à l’Université Laval», indique Véronique Lessard.
Bref, avec des services psychosociaux accrus, de nouveaux espaces de bien-être, des formations sur la santé mentale bonifiées et des frigos-partage bien remplis, c’est une culture de bienveillance et de bien-être qui s’implante et se normalise peu à peu à l’Université Laval, une source de fierté pour l’établissement. «Prendre soin de la santé mentale, c’est une pièce du puzzle pour l’épanouissement de notre milieu d’études et de recherche. Je suis fière de voir qu’on a utilisé le PASMÉ comme un levier pour agir collectivement à l’amélioration de la santé mentale sur le campus», conclut la vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes.
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