
Thomas De Koninck a fait carrière à la Faculté de philosophie durant plus de 50 ans.
L'Université Laval perd l'un de ses piliers intellectuels avec le décès de Thomas De Koninck, philosophe et professeur émérite, le 16 février, à l'âge de 91 ans. La carrière de Thomas De Koninck à la Faculté de philosophie s'est étendue sur plus de 50 ans, de 1964 à 2015. Il fut notamment doyen de sa faculté de 1974 à 1978. Plus de 200 étudiantes et étudiants ont bénéficié de son encadrement pour leur mémoire ou leur thèse.
«Thomas De Koninck était un homme lumineux, un passeur de sens. Jusqu'à la fin de sa vie, il a marqué notre université par sa pensée rigoureuse orientée vers les grandes questions de l'existence, la dignité humaine et la responsabilité collective. Son héritage continuera d'habiter notre mission éducative», a commenté Sophie D'Amours, rectrice de l'Université Laval, à l'annonce de son décès.
Honoré de plusieurs récompenses, il a notamment reçu, en 1996, le prix La Bruyère de l'Académie française pour l'ouvrage De la dignité humaine. La même année, le gouvernement français l'élève au rang d'officier de l'Ordre des palmes académiques «pour services rendus à la culture française».
Comme auteur, il a signé une centaine d'articles, de préfaces, d'études critiques et de textes en tous genres. Comme essayiste, il a écrit sept ouvrages, dont À quoi sert la philosophie? paru en 2014.
Une vie consacrée à la philosophie
Thomas De Koninck a marqué des générations d'étudiantes et d'étudiants par un enseignement rigoureux, nourri par le dialogue et une capacité à faire réfléchir. «Lorsque Thomas De Koninck donnait son cours, la classe entière participait aux discussions. Il possédait ce don précieux d'allumer les gens, d'éveiller chez eux le questionnement», a déjà confié Thierry Bissonnette, qui a consacré une courte biographie au professeur de philosophie intitulée Thomas De Koninck. Attiseur de consciences. L'auteur le décrit comme un «homme charismatique et un philosophe généreux autant qu'exigeant».
Ses travaux ont principalement porté sur l'éthique, la philosophie ancienne, la philosophie de la connaissance, de la nature et de l'éducation, et la métaphysique.
«Thomas De Koninck laisse sur notre faculté une empreinte intellectuelle et humaine remarquable, a souligné Pierre-Olivier Méthot, doyen de la Faculté de philosophie, en lui rendant hommage. Son influence continuera de marquer durablement notre communauté et de nourrir notre compréhension du rôle fondamental de la philosophie dans notre rapport au monde. Son héritage continuera d'habiter nos enseignements, nos recherches et nos débats.»
L'engagement du philosophe pour l'éducation et la formation de la relève se reflète aussi, depuis 2016, dans le Fonds Thomas-De Koninck, qui appuie les étudiantes et étudiants au doctorat en philosophie par l'attribution de bourses d'excellence.

Un condensé de sa vie: de jeune premier à Oxford, où il a fait des études en plus de sa formation à l'Université Laval, à son portrait de doyen.
Un milieu familial stimulant
Le nom De Koninck est bien connu à l’Université Laval. Certains des frères et sœurs du défunt, dont Rodolphe, Maria, Jean-Marie et Zita, y ont enseigné. Leur père, Charles, a été doyen de la Faculté de philosophie. En 1964, un pavillon a été nommé en son honneur.
On raconte que Thomas De Koninck, enfant, aurait inspiré le personnage du Petit Prince, de l'œuvre du même nom de l'aviateur et écrivain Antoine De Saint-Exupéry. Un an avant la parution du livre, en 1942, l'auteur, invité à Québec par son ami Charles De Koninck, avait répondu à de nombreuses questions du jeune Thomas, alors âgé de 8 ans.
Thomas De Koninck a eu trois fils, Yves, Marc et Paul, dont deux sont aussi rattachés à l'Université Laval. Yves est professeur au Département de psychiatrie et de neurosciences; Paul est professeur au Département de biochimie, microbiologie et bio-informatique. Tous deux occupent un rôle clé au Centre de recherche CERVO, étant respectivement directeur et directeur scientifique adjoint à la recherche fondamentale.
Ce qu'il a dit, de l'héritage grec à l'environnement
En 2002, Thomas De Koninck recevait le Prix d'excellence en enseignement de l'Université Laval. En entrevue au Fil des événements (ancêtre d'ULaval nouvelles), il a abordé l'héritage grec.
Selon lui, la philosophie a pour mission d'éveiller les gens aux questions brûlantes, comme celle du sens de la vie. Ces questions, les penseurs grecs de l'Antiquité les ont explorées à fond. Ce qui explique sans doute pourquoi ces derniers, en particulier Socrate, occupent une place de choix dans la vaste culture philosophique de Thomas De Koninck. «Une fraîcheur, une lumière extraordinaire nous sont venues des Grecs, a-t-il dit. Socrate fut un maître dans l'art du dialogue et de l'écoute. Il incarne le philosophe et l'enseignant parce que c'est l'éveilleur par excellence.»
En 2004, le professeur De Koninck déclarait ceci: «Le rôle central de l'éducation supérieure est d'apprendre à penser toujours mieux. Des étudiants qui obtiendraient leur diplôme avec des habiletés techniques sans avoir développé leur pensée n'auraient pas été éduqués et auraient peine à jouer leur rôle de citoyen. Ce qu'il s'agit de former avant tout, c'est le jugement critique; lui seul rend autonome, libre».
En 2019, Thomas De Koninck publiait, avec le diplomate et universitaire français Jean-François de Raymond, un livre intitulé Beauté oblige, sous-titré Écologie et dignité. En entrevue à ULaval nouvelles, il expliquait: «La nature a reçu de tels assauts depuis la Révolution industrielle. La planète va devenir de plus en plus invivable. Il ne faut pas attendre et faire ce que l'on peut». Le texte démarre sur un questionnement des coauteurs: «Sommes-nous suffisamment conscients de la détérioration sans précédent de l'état de notre maison commune?». Plus loin, les auteurs soulignent qu'«il n'y a pas de planète de rechange».

























