Société

Tout le monde en parle

Internet est devenu le véhicule de prédilection de la rumeur et de la légende urbaine

Par : Renée Larochelle
Depuis la parution de son livre La rumeur, en 1989, Martine Roberge ne compte plus les fois où elle a été sollicitée par les médias afin de parler de ce phénomène qui court à travers les âges. «C’est un sujet qui fascine les gens depuis toujours, dit la professeure d’ethnologie et vice-doyenne aux études à la Faculté des lettres. Il suffit d’un simple énoncé comme “Il paraît que…” ou encore “Quelqu’un m’a dit que…” pour lancer une rumeur.» Si la rumeur s’est longtemps propagée par le bouche-à-oreille, la donne a changé avec l’arrivée d’Internet, par qui la rumeur circule de plus en plus. Ces e-rumeurs ou rumeurs électroniques peuvent se manifester sous forme d’alertes aux virus informatiques (vraies ou fausses), de chaînes magiques ou superstitieuses, de chaînes de solidarité, de pétitions, d’histoires drôles, de pseudo-faits divers, etc. Parmi tous ces messages qu’il reçoit quotidiennement, l’internaute doit faire le tri et distinguer les «bons» messages des «mauvais».

«Avec la messagerie électronique, le clavardage ou plus récemment, le réseau d’échanges entre amis (Facebook et autres), Internet forme également un puissant véhicule de circulation, souligne Martine Roberge, qui aborde cet aspect dans son ouvrage De la rumeur à la légende urbaine, paru récemment aux Presses de l’Université Laval (PUL). Comme véhicule, rappelle l’ethnologue, Internet décuple la transmission. Plus rapide que le bouche-à-oreille, il multiplie, presque à l’infini, les relais en une communication dépersonnalisée, codifiée, d’une source unique vers plusieurs destinataires.» Dans cet ouvrage qui constitue une réédition de La rumeur, Martine Roberge s’intéresse à la légende urbaine, sorte de rumeur grossie à la loupe et dont le récit est plus solide et plus fini. «Malgré leurs différences, la rumeur et la légende urbaine fonctionnent sur le même mode, celui de l’ambiguïté, explique-t-elle. On joue toujours entre le réel et l’imaginaire. Ce n’est pas le fait qu’elles soient vraies ou fausses qui est intéressant, mais plutôt ce qu’elles disent de nous.»

Raconte-moi une histoire
Plusieurs rumeurs et légendes urbaines seraient liées aux peurs inconscientes que nous entretenons face aux technologies, qu’elles soient nouvelles ou moins nouvelles. Ainsi, il paraît qu’un coiffeur de Montréal aurait remarqué chez certaines de ses clientes utilisatrices de téléphones cellulaires une importante perte de cheveux autour d’une oreille, précisément celle sur laquelle elles collaient leur téléphone. De même, il paraît qu’une femme qui voulait se faire sécher les cheveux rapidement se serait mis la tête dans un micro-ondes (dont la porte se serait par ailleurs bloquée) et en aurait eu le cerveau complément cuit. Il paraît aussi que la veille de son mariage, une femme qui voulait être parfaitement bronzée pour le grand jour est morte à la suite de séances fréquentes au salon de bronzage, les organes internes complètement brûlés. Son fiancé trouvait d'ailleurs que son corps dégageait une odeur bizarre. Selon Martine Roberge, ces rumeurs traduisent bien l’idée selon laquelle on devrait se méfier des nouvelles technologies ou qu’un progrès devrait toujours se payer quelque part. Cela dit, il existe une forme de valorisation au fait de propager une rumeur, ne serait-ce que par l’attention dont le relayeur de rumeur est l’objet. En somme, tout le monde y trouve son compte. Les rumeurs et les légendes urbaines rejoignent à merveille le besoin qu’ont les gens de se faire raconter des histoires.


   

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