
Au moins 20% de la croissance économique africaine serait due aux investissements chinois. Ceux-ci financent notamment la construction de routes. Ici, des travailleurs congolais avec un opérateur de machinerie lourde chinois.
— Jean-Baptiste Dodane
«En l'espace de 13 ans, le commerce sino-africain a beaucoup augmenté, soutient le professeur Zhan Su, du Département de management. Cela dit, il demeure faible en comparaison de la valeur totale du commerce extérieur chinois, lequel s'élève à presque 4 000 milliards de dollars américains annuellement.»
Selon le professeur, le marché africain, pour certains aspects, est important pour le gouvernement chinois. «Cependant, dit-il, il n'est pas la priorité pour Pékin. En 2013, les investissements directs de la Chine en Afrique ne correspondaient qu'à environ 4% de la totalité des investissements chinois annuels dans le monde.»
De telles mises au point, Zhan Su en a fait plusieurs, le 24 février, à l'occasion d'un colloque consacré à la présence de la Chine en Afrique. L'activité était organisée par la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales et le CEDIMES-Canada. Selon le professeur, cette présence s'incarne dans quelque 2 500 entreprises qui donnent de l'emploi à environ 100 000 travailleurs africains. «Depuis dix ans, souligne-t-il, le continent africain enregistre une croissance annuelle de 5%, ce qui est beaucoup. Les investissements chinois expliqueraient au moins 20% de cette croissance.»
Le développement économique de la Chine a été rapide, pour ne pas dire fulgurant. Pendant plusieurs années, la croissance annuelle du pays a tourné autour de 10%, soutenue par un recours massif aux ressources naturelles et énergétiques. Aujourd'hui, des voix accusent la Chine de «piller» les matières premières du continent africain.
«Au maximum, les entreprises chinoises consacrent le tiers de leurs investissements en Afrique à l'exploitation des ressources naturelles et énergétiques, indique Zhan Su. Il est donc exagéré de parler d'une forme de néocolonialisme.»
Selon ce professeur, la Chine a certaines répercussions vraiment positives sur l'économie africaine. Cela peut être constaté dans l'amélioration des infrastructures, dans la création d'emplois, dans la croissance économique et dans l'augmentation du volume des échanges internationaux. «Mais, ajoute-t-il, à mon avis et pour le moment, les pays africains sont loin d'être de vrais gagnants dans leurs relations avec la Chine.»
Selon lui, une forte majorité des entreprises chinoises se sont implantées en Afrique pour des raisons purement commerciales. Elles refusent de faire des transferts de connaissances vers les Africains. Elles amènent, en général, en Afrique des produits, des services et des technologies de basse qualité. Par ailleurs, leur compétitivité relative nuit à la survie des entreprises africaines locales.
En raison de ses ressources naturelles abondantes et de son bassin démographique en croissance rapide, beaucoup considèrent l'Afrique comme le continent de l'avenir. Zhan Su se dit relativement optimiste à ce sujet. «J'ai la forte conviction que cet avenir dépend avant tout de la propre capacité de l'Afrique à gérer son avenir, affirme-t-il. Ce continent doit trouver une voie de développement qui convient à ses spécificités, donc ni le modèle occidental pur, ni le modèle chinois. Il doit bien utiliser ses ressources comme un levier de négociation dans les relations internationales dans le but d'accélérer le développement de ses compétences. Enfin, il doit réaliser une industrialisation efficace et humaniste.»


























