
Une étude publiée récemment permet de mieux comprendre comment les personnes résidentes du centre-ville et celles des banlieues perçoivent les différents modes de transport.
L'automobile, le vélo et le transport collectif ne suscitent pas la même adhésion chez les citoyens et citoyennes. Alors que les enjeux de mobilité alimentent régulièrement les débats dans la région de Québec, une étude publiée récemment permet de mieux comprendre comment les personnes résidentes du centre-ville et celles des banlieues perçoivent ces différents modes de transport. Menée par Louis-Joseph Couturier, doctorant en aménagement du territoire et développement régional à l'Université Laval, sous la supervision de Dominic Villeneuve, professeur à la Faculté d'aménagement, d'architecture, d'art et de design, cette recherche compare les perceptions observées dans la région de Québec à celles relevées dans trois villes suisses. Louis-Joseph Couturier répond aux trois questions d'ULaval nouvelles.
Existe-t-il une dépendance automobile à Québec et ses environs? Quelles sont les habitudes de déplacement des résidentes et résidents de la ville et de ses environs?
On peut parler d'une dépendance à l'automobile à Québec, surtout quand l'on se compare à des villes européennes où le transport en commun est beaucoup plus utilisé. À Québec, une plus grande part des ménages possède au moins une voiture, plus de ménages en ont deux ou trois et l'auto occupe une plus grande place dans tous les types de déplacements. Même pour les trajets de trois kilomètres ou moins, la grande majorité des déplacements se font en véhicule motorisé à Québec, alors que c'est environ la moitié dans une ville européenne de taille comparable.
À l'intérieur de la région, ce sont les personnes résidentes des banlieues qui dépendent le plus de leur voiture. Dans le sondage mentionné dans notre étude, les répondantes et répondants qui vivent en dehors du centre-ville, c'est-à-dire hors de l'arrondissement La Cité-Limoilou, possèdent plus de véhicules par ménage et font une plus grande part de leurs déplacements en auto. Logiquement, la marche, le vélo et le transport en commun y occupent une place moins grande.
Quelle est la différence entre la perception du vélo et de la voiture chez les personnes résidentes du centre-ville de Québec et celles des banlieues de Québec et leurs environs?
Dans notre sondage, les personnes répondantes choisissaient parmi 26 adjectifs pour décrire chaque mode de transport: 13 positifs et 13 négatifs. La première chose qu'on remarque, c'est une différence quantitative: les gens des banlieues voient la voiture d'un meilleur œil que ceux du centre-ville et le vélo, d'un moins bon œil. En d'autres mots, ils sélectionnaient davantage d'adjectifs positifs pour décrire la voiture et plus d'adjectifs négatifs pour le vélo.
Mais la différence est aussi qualitative: les deux groupes n'utilisent pas les mêmes adjectifs. Pour la voiture, la différence la plus marquante, c'est que les personnes répondantes résidant au centre-ville sont plus nombreuses à la trouver «polluante». Notre explication, c'est qu'elles subissent davantage les inconvénients de l'auto que les gens des banlieues, tout en en profitant moins. La circulation est plus dense dans les quartiers centraux, donc elles sont plus exposées au bruit et à la pollution. Et comme elles conduisent moins, elles en retirent moins d'avantages. Pour le vélo, les répondantes et répondants des banlieues le trouvent plus souvent «superflu» et «peu pratique». On pense que c'est parce que leurs destinations courantes sont plus loin de la maison et qu'il y a moins d'aménagements cyclables.
Quelle est la différence entre la perception des modes de transport des personnes vivant en ville par rapport à celles résidant dans les banlieues, au Québec et en Europe? Et quelles sont les différences de perception entre les Suisses et les citoyennes et citoyens de Québec?
On a la chance d'avoir des sondages réalisés en Suisse avec une méthodologie comparable, ce qui permet de mettre les deux contextes côte à côte.
Le premier constat, c'est que l'écart entre ville et banlieue existe aussi en Suisse: la voiture y est mieux perçue en banlieue et ce sont encore les gens du centre-ville qui la trouvent le plus souvent «polluante», sans doute pour les mêmes raisons qu'à Québec. Mais en Suisse, contrairement à Québec, les résidents du centre-ville trouvent aussi l'auto «chère» et «limitante». Notre hypothèse, c'est que la voiture coûte tout simplement beaucoup plus cher là-bas. Par exemple, le stationnement est généralement payant et l'essence y est plus chère. Par ailleurs, la voiture est probablement perçue comme «limitante», compte tenu de la qualité des transports en commun et des contraintes associées à son utilisation, notamment les embouteillages et les difficultés à trouver un stationnement.
À l'inverse de nous, les Suisses sont pratiquement unanimes: le transport en commun, c'est «pratique». C'est l'adjectif le plus choisi, autant en ville qu'en banlieue. À Québec, il arrive au troisième rang chez les gens du centre-ville et seulement au cinquième rang en banlieue. Ça pourrait démontrer que la perception d'un mode dépend beaucoup de la qualité de l'offre réelle.
Une des pistes de recherche les plus intéressantes de notre article est de savoir si une meilleure offre de transport en commun et de vélo améliore aussi la façon dont les gens perçoivent ces modes de transport. En Suisse, les travaux de notre coauteur, Vincent Kaufmann, montrent qu'il y a eu, dans les dernières années, une amélioration de la perception du transport en commun et un déclin de la perception de la voiture. Cela pourrait être dû à l'effort des Suisses pour améliorer leur offre de transport collectif. Québec pourrait nous offrir justement une occasion rare de vérifier si l'on observe la même chose ici. Notre sondage donne un portrait d'avant le tramway et du début de la stratégie d'insertion des corridors de transport actif Vivacité; si on le refait quelques années après ces améliorations, peut-être pourrons-nous voir que les perceptions du transport en commun, du vélo et la voiture ont changé aussi. À suivre!
Propos recueillis par Daphné Trottier
























