Dans son exposé, Olivier Bernard, le Pharmachien, a dénoncé les contenus de très faible qualité qui inondent massivement Internet grâce, notamment, à l'intelligence artificielle.
— Université Laval, Yan Doublet
Le jeudi 24 octobre, Olivier Bernard, le renommé communicateur scientifique du domaine de la santé, mieux connu sous le pseudonyme du Pharmachien, était de passage dans la cité universitaire. Invité d'honneur du Réseau des communications, il a prononcé une conférence sur le thème «Science vs pseudoscience: défis actuels dans la communication scientifique». Fidèle à sa réputation, le lauréat 2026 du prix Grand diplômé de l'Université Laval a pourfendu de fausses vérités, des mythes pseudoscientifiques et des croyances populaires qui abondent dans le domaine de la santé, sans jamais se départir de son humour mordant.
«J'avais un emploi de pharmacien, un job que je trouvais le fun, raconte-t-il. Je me suis tourné vers la communication scientifique à cause d'une question qu'on me posait souvent: “Olivier, comment on fait pour détecter les fausses informations sur la science, sur la santé, quand on n'est pas scientifique?”. On n'est pas vraiment formé pour ça durant nos études. On ne nous dit pas: “Voici toutes les choses fausses que les clients ou les patients vont vous dire”, et comment agir en lien avec ça. Il n'est pas évident de répondre à ça. D'abord, il y a des études qui divergent. Il y a aussi des experts qui ont souvent l'air de se contredire. Donc quelle étude dit vrai, quel expert dit vrai?»
De la césarienne à l'autisme
Ces dernières années, certains articles parus dans différents médias ont particulièrement fait sourciller le conférencier. L'un d'eux, basé sur une étude, affirmait que le recours plus fréquent à la césarienne avait fait augmenter le taux de bébés nés avec une grosse tête. Un autre article tiré d'une étude prétendait qu'un fœtus grimace lorsque sa mère ingère du chou frisé ou chou kale, un légume au goût amer. En revanche, il esquisse un sourire quand sa mère mange une carotte. Une autre nouvelle, qu'Olivier Bernard situe dans la catégorie des pièges à clics, encourageait les personnes myopes à se soigner en appliquant une rondelle de pomme de terre sur les yeux. On pourrait ajouter à cette liste une étude de 1998 qui concluait que les vaccins causent l'autisme. Peu après, cette recherche a été qualifiée de frauduleuse et de falsifiée.
«Joseph Mercola, un médecin à la tête d'un empire de la désinformation, prétendait que le cancer peut être guéri par l'aubergine, poursuit-il. Il est l'un des principaux donateurs au lobby anti-vaccin aux États-Unis. Quand j'ai vu ça, dit-il avec humour, j'ai pensé à toutes ces recherches menées à travers le monde depuis si longtemps, alors que la solution était l'aubergine!»
«Les fausses informations, il y en a toujours eu, ce n'est pas un phénomène nouveau, soutient Olivier Bernard. Il y a toujours eu des nouvelles sensationnalistes dans les médias, des nouvelles qui n'ont pas d'allure, dans le but de faire de l'argent avec un produit ou un service. Il y a toujours eu des potions charlatanesques, un peu bizarres, à base de poudre de perlimpinpin. Aujourd'hui, le modèle s'est ajusté avec les outils technologiques disponibles. Après les pièges à clics des années 1990, les réseaux sociaux ont amélioré le modèle. Des déclencheurs émotionnels font qu'on clique, qu'on like, qu'on partage, qu'on commente. On ne peut s'empêcher de cliquer dessus par curiosité morbide.»
À l'ère du slop
Le conférencier se dit irrité par le fait qu'on présente l'intelligence artificielle (IA), sur la place publique, comme un bloc monolithique. «Pas mal souvent, poursuit-il, la plupart des problèmes actuellement sont en lien avec l'IA générative. Ces systèmes sont basés sur du vol pur et simple. Ils n'apportent rien. Ils ont pris tout le contenu qui existait sans tenir compte du travail d'autres personnes. Le système ingurgite ça, le digère et le régurgite de manière légèrement différente. Allez lire sur le site Web de ces géants technologiques. Leur vision de la société donne froid dans le dos. Ces gens n'ont aucune empathie et imaginent un futur géré par l'IA. Ça va augmenter dramatiquement les inégalités sociales. Il y a des inquiétudes très légitimes envers l'IA générative.»
Depuis quelques années, un nouveau terme s'est imposé sur le Web: le slop. Depuis l'an dernier, l'Office québécois de la langue française propose l'expression «contenu dégénératif» pour désigner un contenu numérique de très faible qualité, qu'il s'agisse d'images, de vidéos ou de textes, qui est généré massivement par l'intelligence artificielle dans un but mercantile de désinformation. Ces flux sont souvent absurdes, inauthentiques ou trompeurs. «Le but d'un slop, souligne le Pharmachien, est d'inonder le Web pour générer les clics.»
Le conférencier en a fait sourire plus d'un en révélant «je suis moi-même de la slop». «Ces derniers mois, poursuit-il, j'ai reçu des vidéos assez bien faites, générés par l'IA, de moi. Des patients à moi témoignent. Selon ces vidéos, je suis obsédé par les parasites intestinaux et je pense vraiment que le jus de citron, ça guérit tout!» Selon lui, le monde s'en va vers ça. «Sur Amazon, indique-t-il, il y a des livres écrits entièrement par l'IA. Aujourd'hui, dans le champ scientifique, des articles sont écrits par l'IA. C'est de la slop. En gros, l'IA générative est actuellement en train d'amplifier à un niveau exponentiel ce qui était présent.»
Selon lui, face à une IA en croissance exponentielle, l'humanité doit entrer dans la résilience. «Ultimement, il est trop tard, affirme-t-il. On ne va pas changer la tendance.» Cela dit, la confiance en la science demeure élevée dans certaines parties du monde, comme au Canada. «Nos scientifiques sont considérés comme compétents et la confiance de la population est modérément élevée», soutient-il.

























