
Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, et le président des États-Unis, Donald Trump, deux hommes politiques au coeur d'événements qui font quotidiennement les manchettes.
— Trong Khiem Nguyen
Guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, guerre entre l'Ukraine et la Russie, conflit israélo-palestinien, montée de l'extrême droite dans plusieurs pays, inflation. Les nouvelles de notre monde sont alarmantes. Spécialiste de l'anxiété, des troubles anxieux, de l'anxiété généralisée et de l'état de stress post-traumatique, la professeure Geneviève Belleville, de l'École de psychologie, explique comment ces nouvelles affectent notre humeur.
Cinq ans après le début de la pandémie de COVID-19, on assiste à ce qui ressemble à une pandémie d'anxiété causée par le contexte politique, économique et social. Y a-t-il des points communs entre les deux périodes?
Deux époques, une même incertitude! Que ce soit pendant la pandémie de 2020 ou aujourd'hui, le sentiment d'instabilité est bien présent. En 2020, les confinements, la fermeture des frontières et la crise économique ont bouleversé notre quotidien, semant la peur et l'incertitude. Aujourd'hui, ce sont les tensions politiques, l'inflation et l'avenir économique incertain qui alimentent l'anxiété. Dans les deux cas, on a l'impression que les règles du jeu ont changé du jour au lendemain et que l'avenir est plus flou que jamais.
Cette incertitude nous empêche de prévoir ce qui va arriver. Elle surgit quand les repères habituels disparaissent, que les règles changent ou que les événements prennent une tournure inattendue. Sur le plan psychologique, elle peut générer de l'anxiété et un sentiment de perte de contrôle. Dans nos décisions quotidiennes, elle pousse à la prudence, à l'immobilisme. Elle peut freiner la créativité, ébranler la confiance et alimenter des tensions sociales. Pourtant, apprendre à composer avec l'incertitude est essentiel, car elle fait partie de la vie et peut aussi être une source d'adaptation et de résilience.
Les personnes exposées à une véritable guerre ou à une catastrophe naturelle sont confrontées à des dangers qui menacent leur vie. Dans le cas d'une guerre commerciale, les dangers sont d'un autre ordre et ils relèvent pour l'instant de craintes appréhendées. Dans quelle mesure cette anxiété est-elle nourrie par les médias?
Face à l'incertitude comme face au traumatisme, notre premier réflexe est souvent l'évitement. Mais ce que l'on cherche à fuir diffère. Après un événement traumatique, on évite tout ce qui rappelle ce moment douloureux. Par exemple, certaines personnes ayant vécu la guerre refusent de regarder les nouvelles, car elles ravivent des souvenirs trop difficiles. À l'inverse, face à l'incertitude, on tente d'y échapper en cherchant plus d'informations: on lit les actualités, on scrolle sans fin, on multiplie les sources… Pourtant, dans un monde où les réponses claires manquent, cette quête ne fait qu'amplifier le flou et nourrir l'anxiété. Alors oui, les médias alimentent le stress ambiant, mais ils répondent aussi à notre besoin insatiable de comprendre et de nous rassurer.
Que faut-il faire pour arriver à demeurer relativement serein dans un contexte social aussi incertain tout en continuant à s'informer sur l'état du monde?
On veut chercher un certain équilibre entre s'informer et préserver sa santé mentale. Pour cela, il est recommandé de limiter le temps d'exposition aux nouvelles afin de ne pas se sentir submergé. Lorsqu'on s'informe, il est important de bien sélectionner ses sources et de choisir celles qui sont fiables, car les contenus manquant de nuances ou sensationnalistes peuvent augmenter l'anxiété. Apprendre à tolérer l'incertitude de la situation actuelle peut également aider à réduire le stress et l'anxiété. Pour ce faire, il est bénéfique de pratiquer des activités qui ont un impact positif sur la santé mentale: des activités qui apportent du plaisir, mais aussi celles qui amènent des sentiments de contrôle et d'accomplissement. Prendre soin de sa santé physique, par l'entremise d'une bonne alimentation, d'un soin apporté au sommeil et d'une activité physique régulière, permet de se bâtir une armure contre l'incertitude anxiogène du quotidien. D'autres vaccins anti-anxiété incluent interagir avec ses proches, chercher et donner du soutien, rire et sortir en nature.
Propos recueillis par Jean Hamann