
François Legault a été élu premier ministre du Québec le 18 octobre 2018. Il a obtenu un second mandat en 2022.
— Wikimedia Commons / Lea Kim Chateauneuf
Fondateur et chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault a annoncé, le 14 janvier, qu’il quittera son poste de premier ministre après plus de 7 ans au pouvoir. Depuis quelques mois, son parti demeurait bas dans les sondages. Marc André Bodet, professeur au Département de science politique, commente le legs de François Legault et l’avenir de son parti.
Selon vous, quelle a été la plus grande réussite de François Legault dans sa carrière politique?
Je suis un chercheur spécialisé en politique électorale, alors je vais répondre en ce sens. La plus grande réussite de François Legault aura été de briser le duopole partisan PQ-PLQ en déplaçant l’axe central du débat de la question de l’avenir du Québec à la gestion de l’économie et des services publics. Il a été le premier à le faire depuis l’écroulement de l’Union nationale en 1970. Pour cela, François Legault a dû créer une coalition hétéroclite, qui a finalement assez bien tenu. Maintenir un contrôle total sur une telle organisation pendant si longtemps demande du doigté, mais mettre sur pied ce genre de mouvement exige surtout un flair politique. François Legault a réussi à sentir l’appétit pour une politique centrée sur le débat gauche-droite et a imposé une nouvelle donne électorale. Par ailleurs, les réalisations de son gouvernement en matière de laïcité et de positionnement du Québec au sein de la fédération pourraient laisser des traces dans la durée.

Le professeur Marc André Bodet, du Département de science politique, est un spécialiste des études électorales et des partis politiques au Québec et au Canada.
— Yan Doublet
Quels seront les principaux défis de la CAQ d’ici les élections en octobre?
Le premier défi de la CAQ est de survivre à son chef historique. Les travaux classiques en science politique nous enseignent qu’un parti politique risque de ne jamais s’installer si la première passation du pouvoir ne réussit pas. C’est particulièrement vrai pour la CAQ qui est un composite de gens de différents horizons politiques, mais aussi un parti très marqué par son fondateur. En ce sens, les trois prochains mois seront cruciaux. Le parti devra penser à des règles dans cette course qui s’en vient: d'abord limiter le nombre de candidats, ensuite attirer des visages nouveaux et enfin mobiliser une base militante à plat. N’oublions pas que la personne choisie deviendra de facto premier ou première ministre. C’est donc tentant d’y aller avec quelqu’un qui est déjà au Parlement. Mais si la personne choisie est déjà ministre, ce sera difficile de faire campagne à l’automne sur le renouveau. En ce sens, François Legault aurait peut-être dû partir en août pour permettre une élection partielle et une entrée au Parlement.
L’autre défi est plus concret. Plusieurs ministres jouaient le jeu par respect ou par amitié pour François Legault. Les dissensions seront plus difficiles à gérer. Les démissions, ou du moins les départs du caucus, pourraient se multiplier. À moins de 15% dans les sondages, cette fin de mandat pourrait être chaotique. Là-dessus, François Legault aura un rôle à jouer. Il ne peut pas simplement passer la main et disparaître.
Le prochain chef de la CAQ devrait-il marquer une continuité ou une rupture avec François Legault?
On dit souvent en politique électorale que les gouvernements se défont eux-mêmes. La soif de changement est naturelle chez l’électorat. Le troisième mandat est donc rare, surtout dans des contextes majoritaires. La campagne de 2022 avait été menée sous le signe de la continuité – le slogan de la CAQ était d’ailleurs Continuons. La prochaine campagne sera probablement portée par un message de renouveau, en espérant une évaluation prospective positive de la part de l’électorat. Le problème est que François Legault a passé le dernier mois à dire qu’il fallait éviter de céder aux sirènes de la nouveauté. Là, il devra se montrer enthousiaste pour cette nouveauté.
En conclusion, c’est un moment critique pour l’avenir du parti. Il doit s’affranchir de son leader historique tout en se réinventant politiquement. Un déplacement à droite est à mon avis la meilleure option. À son avantage, il s’avère que le caucus caquiste a en son sein de très nombreux parlementaires d’expérience dans la force de l’âge. C’est un luxe pour un parti qui a deux mandats derrière la cravate.
Propos recueillis par Manon Plante

























