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En prévision de la Saint-Valentin, la professeure Stéphanie Couture, aussi directrice des programmes courts en sexologie à la Faculté de médecine, démystifie les pressions romantiques entourant cette journée et revient sur les idées reçues les plus répandues à propos de l'amour et de la sexualité.
Pourquoi la Saint-Valentin peut-elle générer autant de pression au sein des relations amoureuses?
La Saint-Valentin est souvent présentée comme la journée pour célébrer l'amour, ce qui peut créer une pression importante dans les relations amoureuses. D'un côté, cette fête rappelle aux couples l'importance de s'aimer et de se célébrer; de l'autre, elle s'accompagne d'attentes élevées, largement influencées par les normes sociales et le capitalisme. Or, plus les attentes sont grandes, plus le risque de déception est grand si la Saint-Valentin ne correspond pas à l'image que l'on s'en fait.
Avec le temps, les déclarations d'amour privées ont laissé place aux grandes déclarations publiques sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, dans les sociétés occidentales, la tradition d'offrir des cadeaux romantiques (p. ex. fleurs, chocolats) ou encore la quête de dénicher le «cadeau parfait» peut parfois reléguer au second plan l'expression sincère des sentiments. Les médias accentuent cette pression en montrant une image idéalisée de la Saint-Valentin, où les couples sont censés partager des sorties romantiques, des cadeaux et des déclarations parfaites. Cette pression peut non seulement entraîner un stress financier, mais aussi amener certaines personnes à se sentir inadéquates ou à craindre de décevoir leur partenaire.
S'ajoute à cela la pression de réciprocité: recevoir un cadeau implique souvent, de manière implicite, d'en offrir un en retour, ce qui peut nuire à la spontanéité.
Enfin, pour certaines personnes, la Saint‑Valentin peut raviver la solitude, le rejet ou la douleur liée à la perte d'un ou une partenaire, faisant de cette journée un moment plus éprouvant que réjouissant.
Quelles sont les idées reçues les plus fréquentes autour de l'amour et de la sexualité à la Saint-Valentin?
Par rapport à l'amour, l'une des idées reçues les plus répandues est que la Saint-Valentin serait une fête strictement réservée aux couples. Or, cette vision réduit l'amour à sa seule dimension romantique, alors qu'il existe sous de multiples formes. Cette journée peut tout aussi bien être l'occasion de témoigner son affection à ses amis, sa famille ou même de prendre soin de soi.
Une autre idée répandue consiste à conférer au 14 février un statut exceptionnel, comme si cette date appelait des démonstrations d'amour plus intenses qu'à tout autre moment de l'année et que la valeur d'une relation dépendait de l'ampleur des gestes posés à la Saint-Valentin. Pourtant, si l'on choisit de concentrer l'expression de l'amour uniquement sur cette journée, on risque de minimiser l'importance des gestes du quotidien, souvent plus discrets, mais bien plus déterminants, qui contribuent à la qualité et à la stabilité d'une relation amoureuse.
Par rapport à la sexualité, une croyance fréquente veut que la Saint‑Valentin doive se conclure par une relation sexuelle pour que la journée soit jugée «réussie». Cette attente peut amener certaines personnes à se sentir inadéquates ou à croire qu'elles sont de mauvaises partenaires si leur désir sexuel n'est pas au rendez‑vous. Une telle idée va à l'encontre du principe du consentement sexuel libre, qui repose sur la possibilité de choisir sans pression, attente implicite ou contrainte si l'on souhaite ou non s'engager dans une activité sexuelle. La sexualité ne devrait jamais être envisagée comme une obligation ou un devoir.
Comment peut-on réduire la pression entourant la Saint-Valentin?
Pour réduire la pression entourant la Saint‑Valentin, la première chose – et la plus importante – est de redéfinir nos attentes par rapport à cette fête et d'en parler ouvertement au sein de sa relation. Parler de ce que chacun attend réellement de cette journée, de ce qui ferait plaisir ou, au contraire, de ce qui pourrait créer de l'inconfort, permet d'éviter les malentendus et d'adapter la célébration aux besoins réels des partenaires. Le fait d'exprimer clairement ses attentes et d'accueillir celles de l'autre peut contribuer à réduire la pression extérieure et à envisager la Saint-Valentin selon une perspective plus intime et réaliste, qui reflète véritablement sa relation.
Il peut également être utile de se rappeler que l'amour peut se manifester de diverses façons. Bien que les données empiriques appuyant les cinq langages de l'amour de Gary Chapman, soit les paroles valorisantes, les moments de qualité, les cadeaux, les services rendus et le toucher physique, demeurent limitées, une étude indique que cette théorie populaire peut aider certaines personnes à reconnaître plus facilement la variété et la fréquence des gestes d'affection dans leur quotidien. Cette prise de conscience permet de réaliser qu'il n'existe pas qu'une seule «bonne» façon de célébrer la Saint‑Valentin, et qu'elle ne doit pas forcément se limiter à l'échange de cadeaux. L'amour peut tout aussi bien se manifester à travers les petites attentions, les services rendus et autres gestes du quotidien qui témoignent à l'autre qu'il est reconnu, apprécié et important. En valorisant ces formes variées et constantes d'expression de l'affection, il devient plus facile de relativiser les attentes associées à cette journée.
Propos recueillis par Audrey-Maude Vézina

























