
L’enfant n’a pas besoin de jouets particuliers, mais il a besoin de jouer, souligne Stéphanie Duval.
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Et si la semaine de relâche devenait un laboratoire d’apprentissage déguisé en jeu? À l’approche du congé, Stéphanie Duval, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation, rappelle pourquoi jouer est essentiel à tout âge et comment choisir des jeux de société qui font grandir autant que rire.
Qu’est-ce qui rend le jeu si essentiel chez l’être humain et pourquoi continue-t-on de jouer même à l’âge adulte?
Le jeu est bien plus qu’une source de divertissement. C’est un véritable moteur de développement et d’apprentissage. Il permet à l’enfant comme à l’adulte d’imaginer, d’improviser, de résoudre des problèmes et d’explorer d’autres façons de penser.
Le jeu est aussi une activité profondément sociale, qui rassemble, stimule les interactions et crée des occasions d’échanger. Il peut être vu comme un terrain d’expérimentation sociale où les enfants sont invités à négocier avec leurs pairs, à faire preuve d’empathie, à découvrir les règles implicites de la vie en groupe, etc.
De nombreuses recherches montrent que le jeu mobilise un large éventail d’habiletés: motrices et psychomotrices, sociales, affectives, cognitives et langagières. Il contribue ainsi au développement global de l’enfant. Au Québec, cette importance est d’ailleurs reconnue dans les programmes éducatifs destinés aux jeunes enfants, notamment dans le Programme-cycle de l’éducation préscolaire du ministère de l'Éducation du Québec.
L’enfant n’a pas besoin de jouets particuliers, mais il a besoin de jouer. Si le jeu est essentiel à son développement, les jouets ne sont que des instruments parmi d’autres. Ce qui compte, c’est la variété des contextes de jeu: jouer dans la maison, à l’extérieur, avec d’autres enfants, bricoler, écouter de la musique, danser, lire une histoire.
Si l’enfant a besoin de jouer, l’adulte le fait aussi! Le jeu ne disparait pas avec l’enfance, mais il se transforme, s’adapte et reste un besoin fondamental. Par exemple, les jeux de stratégie ou les casse-têtes sollicitent des fonctions cognitives complexes, comme la mémoire de travail.
Quel est l’apport des jeux, particulièrement des jeux de société, au développement et à l’éducation?
Les jeux de société soutiennent le développement de nombreuses habiletés chez les enfants, en commençant par celles sur le plan moteur. Effectivement, la manipulation de pions, de cartes ou de dés contribue, par exemple, au développement de la motricité fine. Ces jeux sollicitent également des habiletés cognitives, telles que l’attention, la mémoire ou le raisonnement.
Sur le plan social, les jeux de société offrent un contexte riche pour apprendre à communiquer, à collaborer et à interagir avec les autres. Les joueurs doivent échanger, s’entendre sur des règles, atteindre des objectifs communs, négocier ou encore alterner les tours de jeu. Ils doivent aussi apprendre à perdre, ce qui n’est pas évident pour un jeune enfant.
Cependant, l’intérêt pour les jeux de société varie d’un enfant à l’autre. Il est tout à fait normal qu’un jeune enfant ait du mal à rester assis longtemps, à respecter les règles ou à attendre son tour. La gestion de la défaite peut aussi représenter un défi. Pour que le jeu soit réellement bénéfique, l’enfant doit y trouver du plaisir et s’engager dans des interactions sociales positives.
Le rôle de l’adulte devient alors essentiel: il peut adapter les règles du jeu au niveau d’habileté ou d’intérêt de l’enfant, lui permettre d’explorer librement le matériel ou l’accompagner dans ses découvertes. En somme, au-delà du jeu lui-même, c’est la qualité des interactions (notamment avec les adultes) qui constitue une condition fondamentale pour soutenir les apprentissages et le développement global de l’enfant.
Avez-vous des recommandations de jeux de société pour la semaine de relâche, selon différents groupes d’âge ou types de joueurs?
Pour choisir un jeu adapté à un enfant, il est d’abord utile de porter attention à l’âge indiqué sur la boîte. Ce repère reste toutefois imparfait. Pour s’assurer qu’un jeu convient réellement, il faut surtout connaître le niveau d’habileté de l’enfant. Un jouet trop complexe risque de le décourager, tandis qu’un jouet trop simple deviendra rapidement ennuyant.
Beaucoup d’objets du quotidien peuvent servir de jouets. Les classiques, comme les jeux de cartes ou les dominos, sont particulièrement intéressants: faciles à transporter, abordables et polyvalents. On peut proposer plusieurs jeux traditionnels aux enfants (par exemple, la bataille) en ajustant les règles à leur âge et à leur capacité d’attention.
Vers cinq ou six ans, les enfants commencent à apprécier davantage les jeux compétitifs et les jeux de rapidité. Ils deviennent aussi davantage capables d’accepter la défaite, surtout si l’adulte les accompagne. À partir de six ou sept ans, on peut introduire des jeux aux règles plus complexes, car les enfants savent généralement lire et ils peuvent se concentrer plus longtemps sur le jeu. Une partie peut alors durer entre 20 et 30 minutes.
Lorsqu’on joue avec des enfants d’âges différents, il peut être judicieux de privilégier les jeux coopératifs permettant aux plus âgés d’aider les plus jeunes. Il est également possible de miser sur des jeux de hasard (par exemple, le jeu des serpents et échelles), donnant ainsi aux enfants plus jeunes une chance de gagner.
Enfin, il est souvent préférable d’acheter moins de jeux ou de jouets, mais de miser plutôt sur leur qualité (que permettent-ils réellement?). La rotation des jouets est aussi une bonne piste pour stimuler l’intérêt des enfants. L’adulte peut mettre de côté certains jouets pour les réintroduire plus tard, ce qui permet de raviver l’intérêt de l’enfant, même pour des jeux qu’il connaît déjà.
Propos recueillis par Carl Bélanger

























