
La minuscule lentille optique conçue par l'équipe de Tigran Galstian peut faire une mise au point et zoomer sans mouvement mécanique lors d'une prise d'image.
— Marc Robitaille
L'histoire de ce qui est maintenant qualifié de «plus petite lentille autofocalisante au monde» par son fabricant commence à la fin des années 1990 dans le laboratoire du professeur Galstian au Centre d'optique, photonique et laser (COPL). «J'avais engagé quelques personnes pour développer des matériaux pouvant améliorer la technologie des afficheurs à cristaux», rappelle le chercheur. Chemin faisant, son équipe constate qu'en ajoutant une faible quantité de monomères photosensibles à une cellule contenant des cristaux liquides et en appliquant une tension électrique à l'ensemble, on modifie l'organisation de ces molécules, ce qui change l'indice de réfraction du milieu.
«La cellule se comporte alors comme une lentille qui peut faire une mise au point automatique et zoomer si on modifie l'intensité du courant électrique appliqué, précise le professeur Galstian. La réponse prend à peine quelques millisecondes et tout se fait sans mouvement mécanique et sans bruit.»
En 2005, le chercheur et son étudiant Vladimir Presnyakov publient leur découverte dans le Journal of Applied Physics, et l'Université diffuse un communiqué de presse pour faire connaître cette percée. L'information, reprise par La Presse Canadienne, se fraie un chemin jusqu'à Thomas Killick, un homme d'affaires américain spécialisé dans les appareils photo pour cellulaires. Après des négociations avec le professeur Galstian et les responsables du Vice-rectorat à la recherche et à la création, il obtient, en 2006, la licence d'exploitation pour commercialiser cette lentille. Depuis, la compagnie qu'il a créée pour développer cette technologie, LensVector, a réuni un capital de 36 M$.
«Nous visons le marché du mobile, mais, pour diverses raisons, il était plus facile de commencer par les webcams», souligne le professeur Galstian, qui occupe le poste de chef de la technologie chez LensVector. Au printemps 2012, la lentille se retrouve pour la première fois sur le marché dans des webcams fabriquées par la compagnie Creative.
Les dirigeants de LensVector ont toujours le marché du mobile dans la mire. «Les nouveaux modèles de téléphone intelligent sont produits à coup de millions d'unités. Pour pouvoir fournir suffisamment de lentilles, il fallait augmenter notre capacité de production, explique Tigran Galstian. En septembre 2013, nous avons signé une entente avec un sous-traitant, l'entreprise japonaise Hosiden, spécialisée dans la fabrication d'écrans à cristaux liquides. Notre lentille est présentement à l'essai dans des téléphones intelligents fabriqués par une entreprise chinoise et nous espérons conclure une entente d'ici six mois.»
Le siège social de LensVector est à Sunnyvale en Californie, mais une partie de la R et D est faite à Québec dans une entreprise – TLCL Recherche Optique – que le professeur Galstian a créée à cette fin en décembre 2006. Installée dans des locaux qu'elle loue dans le pavillon d'Optique-photonique, la jeune compagnie emploie présentement neuf personnes, la plupart des diplômés du COPL.
«Amener une découverte du labo au marché est un grand défi, mais ces dix années d'effort en valaient la peine, assure le chercheur. J'ai beaucoup appris pendant tout le processus de transformation d'un concept en produit. Le prix de la Fondation Manning est une reconnaissance du travail que mon équipe et moi avons accompli. Lorsque j'ai commencé ma carrière, j'avais le choix entre un poste en Californie et un à Québec. J'ai choisi l'Université Laval. Considérant l'accueil et le soutien que j'ai reçus, je ne l'ai jamais regretté. Ce que j'ai réalisé ici, je n'aurais pas pu le faire ailleurs.»


























