
L'abondance maximale de l'écureuil roux survient 20 ans plus tôt dans les forêts postcoupe que dans les forêts postfeu. Cet écart en faveur des peuplements coupés s'expliquerait par le retour plus rapide d'arbres matures produisant des graines qui font le régal de ce petit mammifère.
— Gilles Gonthier
Pour tirer la question au clair, une équipe de la Chaire industrielle CRSNG en sylviculture et faune a sondé des populations de lièvre d'Amérique et d'écureuil roux. Anne Allard-Duchêne, David Pothier, Angélique Dupuch et Daniel Fortin ont comparé l'abondance de ces deux mammifères dans des forêts situées au nord de Baie-Comeau. Pour ce faire, ils ont relevé des indices de la présence de ces deux espèces dans 25 peuplements postfeu dont l'âge variait de 20 à 200 ans et dans 29 peuplements postcoupe âgés de 20 à 80 ans.
Leurs résultats, publiés dans le dernier numéro de la revue Forest Ecology and Management, indiquent que les différences entre les milieux postfeu et postcoupe sont suffisantes pour créer des disparités dans la succession végétale et, conséquemment, dans l'utilisation de l'habitat par le lièvre et l'écureuil. Les chercheurs ont noté que les arbres – en particulier le sapin – rebondissent plus rapidement après une coupe qu'après un feu. Pour recouvrer une densité de 2000 arbres matures à l'hectare, il faut attendre environ 100 ans après un feu, contre seulement 60 ans après une coupe.
«Le sapin tolère bien l'ombre, alors il y a de nombreux semis qui poussent dans les forêts matures, explique David Pothier. Contrairement aux feux, les coupes ne détruisent que partiellement cette régénération préétablie. Le sapin revient donc en force. Pour mieux reproduire ce qui se passe après un feu, il faudrait détruire une partie des jeunes sapins laissés sur les parterres de coupe et planter des épinettes noires.»
Le lièvre, qui se régale de plantes et de jeunes arbustes, atteint une densité maximale environ 55 ans après la perturbation, quelle que soit la nature de celle-ci. Par contre, son abondance relative est environ deux fois plus élevée après une coupe qu'après un feu. Quant à l'écureuil, son abondance repose sur la présence d'arbres matures étant donné son appétit pour les graines. Sa densité maximale est observée 60 ans après un feu et 40 ans après une coupe.
Les chercheurs en concluent que les deux espèces utilisent différemment les peuplements de même âge selon qu'ils sont issus d'une coupe ou d'un feu. Il semble donc y avoir là un accroc au principe de base de l'aménagement forestier écosystémique selon lequel les interventions sur le terrain doivent calquer les perturbations naturelles pour minimiser l'effet des coupes.
Cela dit, ces deux mammifères reviennent plus vite et en plus grand nombre après une coupe, alors où est le problème? «Si l'objectif était d’avoir beaucoup de lièvres ou d’écureuils, alors tout irait plutôt bien, répond Daniel Fortin. Toutefois, l’objectif est de maintenir les patrons de biodiversité et les processus biologiques typiques de l’écosystème. Si les lièvres deviennent plus abondants après coupes parce que celles-ci créent un milieu avantageux pour eux, on peut s'attendre à ce qu'il y ait davantage de prédateurs, qui eux-mêmes auront une incidence sur d’autres espèces. Le problème sera plus prononcé dans les écosystèmes où la fréquence et l’étendue des coupes excèdent celles des feux.»


























