Société

Surveillons notre langage

Le français international est celui avec lequel on sera compris partout dans le monde, rappelle la linguiste Annette Paquot

Par : Renée Larochelle
«Le français s’en va-tu chez l’yable?» C’était le thème du débat Participe présent qui a eu lieu au Musée de la civilisation, le 12 mars. Invitée à se prononcer sur la question, Annette Paquot, professeure au Département de langues, linguistique et traduction, a répondu que le français était davantage malmené par ceux dont on s’attendrait à ce qu’ils le parlent de façon irréprochable, qu’elle appelle l’élite, plutôt que par d’autres groupes.  «J’ai l’impression que le parler des classes populaires s’est amélioré depuis une dizaine d’années, alors que celui des élites s’est détérioré, dit Annette Paquot. Certes, personne n’est à l’abri des erreurs mais quand j’entends des personnes dire “moi qui es” au lieu de “moi qui suis”, ou encore “Il devra t’être”, cela me désole.»

D’autres exemples qui hérissent cette linguiste qui se défend bien d’être puriste? Tous ces calques de l’anglais comme «originé de», pour «provenir de»; «faire application» au lieu de «poser sa candidature», «rencontrer des critères» au lieu de «répondre aux exigences». Sans compter une expression très utilisée par les temps qui courent, «Voulez-vous élaborer?», alors qu’on devrait plutôt dire: «Voulez-vous développer, préciser, aller davantage dans les détails?»

Selon Annette Paquot, plusieurs facteurs expliquent cette détérioration du français, notamment la dévalorisation de la culture lettrée et classique. «Je ne préconise pas un alignement servile au français international et je ne suis pas contre tous les canadianismes, souligne t-elle. Mais il n’en demeure pas moins que le français international est celui avec lequel on sera compris partout dans le monde. La langue est au service de la pensée et il n’y a rien de plus triste que de voir une personne qui ne comprend pas ce que son interlocuteur raconte parce que ce dernier s’exprime mal.» Malgré ces considérations, Annette Paquot n’est pas inquiète pour la survie ni même pour la qualité du français au Québec. «Le français international se renforce de jour en jour avec Internet qui possède un effet centralisateur, affirme la linguiste. La tendance est à l’effacement des frontières internes du français et c’est très bien ainsi. Je crois que c’est l’isolement local qui fait que les langues se dégradent.»

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