Société

Deux ans chez les Lau de Malaita

Une superbe exposition met en valeur le terrain anthropologique du professeur Pierre Maranda et d’Elli Köngäs-Maranda aux îles Salomon dans les années 1960

Cette danse rituelle est effectuée par des hommes du clan réré, un clan influent du peuple lau, sur l’île de Foueda, à l’occasion d’une fête donnée par un grand prêtre. Plusieurs des objets que l’on voit sur cette photo se retrouvent dans l’exposition, tels que les bâtons de danse, les sonnailles portées aux chevilles, les colliers de coquillages et de dents de dauphin. Pierre Maranda avait une relation privilégiée avec les Réré, entre autres avec les grands prêtres et le chef.

L’anthropologue québécois Pierre Maranda a enseigné à l’Université Laval de 1975 à 1996. Il est décédé en 2015. À l’occasion du 50e anniversaire du Département d’anthropologie de l’Université Laval, et à l’initiative de la professeure Sylvie Poirier, la Bibliothèque, par une exposition captivante, met en lumière le contenu de l’incroyable terrain anthropologique réalisé de 1966 à 1968 par l’ancien professeur et sa conjointe, l’anthropologue et folkloriste Elli Köngäs-Maranda, en Océanie, au nord-est de l’Australie, chez le peuple premier des Lau de l’île Malaita. Ensemble, ils ont été les premiers à avoir fait une étude complète de terrain de la culture lau.

L’exposition Entre mer et terre a débuté le jeudi 12 septembre, dans la salle d’exposition du premier étage de la Bibliothèque. Elle y restera jusqu’au 26 janvier 2020. Dès l’entrée de la salle, une très grande photographie aux couleurs légèrement délavées montre Pierre Maranda debout, pipe à la bouche, serrant la main à un aîné lau. Les deux regardent vers l’appareil-photo en souriant. L’anthropologue arbore une parure végétale sur la tête.

«Pierre Maranda et sa conjointe ont vécu deux années parmi les Lau, raconte la commissaire de l’exposition Marie-Kim Gagnon, inscrite au diplôme d’études supérieures spécialisées en muséologie. Ce fut une immersion complète. Ils ont appris la langue locale. Ils se sont construit une maison avec l’aide des Lau. Pierre était apprécié de la population. Dans cette société, les parures sont une composante de la distinction sociale. À la fin de son terrain anthropologique, il était rendu très haut dans la hiérarchie sociale lau. À cet égard, les Lau lui ont fait don de quelque 200 objets propres à leur culture et dont plus de 80 sont aujourd’hui exposés à la Bibliothèque. Ces artéfacts font aujourd’hui partie des collections de l’Université Laval.»

Un peuple singulier

Entre mer et terre présente la communauté lau telle qu’elle est apparue aux deux scientifiques dans les années 1960. La salle d’exposition est subdivisée en deux grands thèmes: à gauche la terre, à droite la mer. Les textes indiquent que les familles lau aménagent d’impressionnants jardins qu’elles entourent de hautes palissades. Certains jardins ont des fins cérémonielles et sont parés de statuettes protectrices. Une partie des cochons élevés par les femmes servent de monnaie d’échange ou sont utilisés pour les sacrifices. Côté alimentaire, mentionnons également que la forêt fournit du cochon sauvage, des oiseaux et des reptiles, ainsi que des plantes et des noix, sans parler du bois nécessaire à la cuisine et à la construction des pirogues.

«Une fois la semaine, les femmes vont aussi au marché, explique Marie-Kim Gagnon. Cet endroit ne sert pas qu’aux échanges basés sur les légumes, les fruits et le poisson. Tous les clans du peuple lau se retrouvent au marché. On discute, on tisse des liens, on fait des demandes en mariage, entre autres.»

Le village lau a ceci de particulier qu’il comprend une «maison des couches». La femme enceinte y accouche seule. Elle reste ensuite en réclusion pendant 31 jours avec son bébé. «Cette pratique est reliée au calao, un des animaux les plus importants de la culture lau, souligne-t-elle. La femelle calao couve ses œufs pendant 30 jours, période au cours de laquelle elle va perdre ses plumes. Chez l’humain, la jeune mère va se purifier en se rasant la tête.»

Des relations hommes-femmes complémentaires

Une très grande photo montrant une pêche rituelle au harpon recouvre une partie du mur de droite de la salle. Aucune femme n’y est visible puisque dans la culture lau la pêche est interdite aux femmes. Cela dit, celles-ci sont autorisées à aller sur les récifs coralliens à marée basse où elles peuvent ramasser des coquillages et autres fruits de mer.

Selon la commissaire de l’exposition, les Lau divisent la mer en espaces masculins et féminins, comme ils le font dans l’organisation spatiale de leurs villages. «Les relations hommes-femmes sont complémentaires dans cette société, dit-elle. Un village typique comprend des quartiers pour les hommes, célibataires et mariés, et pour les femmes, célibataires et mariées. Les uns et les autres se retrouvent quotidiennement dans les espaces réservés à leur sexe. Une partie des activités quotidiennes, comme le repas du soir, se déroulent dans le quartier mixte, au centre du village. Les maisons familiales, où cohabitent chaque couple et leurs enfants, comprennent aussi des espaces réservés à l’homme et des espaces réservés à la femme.»

Des vitrines mettent en valeur de nombreux artéfacts. Parmi eux, mentionnons cette sculpture de bois représentant le premier homme lau, un laukeni, tenant devant lui une arme appelée casse-tête. Cette sculpture a été confectionnée expressément pour Pierre Maranda en 1967. À côté du laukeni se trouve un magnifique bas-relief mettant en scène une synthèse des symboles importants de la culture lau, notamment l’oiseau, le crocodile, la massue et le casse-tête.

Un mur d’artéfacts

À l’extérieur de la salle, un mur entier est consacré à d’autres objets rapportés par Pierre Maranda de son terrain en Océanie. Quatre vitrines abordent les thèmes de la vie rituelle et des relations sociales, des danses cérémonielles, du mariage et des dons, ainsi que la guerre, les armes et les défis rituels.

Les rituels, qu’ils soient funéraires, de mariage, de résolution de conflits, de compensation, de protection, de guérison ou encore d’échanges, sont au cœur de la vie des Lau. Ce sont des moments de rassemblements collectifs importants. Chez ce peuple singulier, le monde est encadré par des humains, des animaux, des esprits et des ancêtres.

La photo d’un immense profil de jeune mariée lau sert d’introduction aux vitrines. Plusieurs objets exposés sont des parures. Mentionnons ces jolies boucles d’oreilles faites de minuscules dents de dauphin et destinées uniquement aux jeunes mariées. Également, cette parure portée uniquement par des hommes éminents. Faite d’un bénitier et d’écailles de tortue, portée aux tempes ou au front, elle représente la pleine lune.

Et que dire de ces remarquables écheveaux de monnaie de coquillages? «Longs et délicats, ces écheveaux servent d’unité monétaire dans la ronde des échanges, souligne Marie-Kim Gagnon. Ils peuvent également servir de parure aux femmes et aux hommes lors de cérémonies particulières. Un écheveau a été offert à Pierre Maranda en guise d’appréciation de son séjour.»

La vitrine consacrée à la guerre contient notamment un arc et une flèche, un long javelot à la pointe dentelée, une massue, un sabre et un casse-tête. Dans le contexte contemporain, ces armes de bois sont utilisées uniquement lors de cérémonies rituelles.

 «Depuis plus d’un siècle, le monde des Lau a subi plusieurs bouleversements, comme la colonisation britannique à compter de 1893, la conversion au christianisme, la migration et, enfin, les changements climatiques, explique-t-elle. Malgré cela, les Lau ont su s’adapter aux défis. La société, la culture et l’identité lau sont toujours très vivantes.»

Des vitrines mettent en valeur de nombreux artéfacts. Parmi eux, mentionnons cette sculpture de bois représentant le premier homme lau tenant devant lui une arme appelée casse-tête. Cette sculpture a été confectionnée expressément pour Pierre Maranda en 1967. À côté se trouve un magnifique bas-relief mettant en scène une synthèse des symboles importants de la culture lau, notamment l’oiseau, le crocodile, la massue et le casse-tête.
À l’extérieur de la salle d'exposition, un mur entier est consacré à d’autres objets rapportés par Pierre Maranda de son terrain anthropologique en Océanie.
Cette parure est portée uniquement par des hommes éminents. Faite d’un bénitier et d’écailles de tortue, portée aux tempes ou au front, elle représente la pleine lune.
Ces écheveaux servent d’unité monétaire dans la ronde des échanges. Ils peuvent également servir de parure aux femmes et aux hommes lors de cérémonies particulières.

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