Société

Comment contrôler le coronavirus chinois?

Guy Boivin, professeur au Département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie, explique les mesures prises pour éviter une pandémie

Les laboratoires d'ici disposent maintenant d’appareils pour effectuer des tests moléculaires rapides. En 1 heure seulement, on peut déterminer si le patient est atteint du coronavirus chinois ou de la grippe (influenza), même s’il vient de Chine.
Les laboratoires d'ici disposent maintenant d’appareils pour effectuer des tests moléculaires rapides. En 1 heure seulement, on peut déterminer si le patient est atteint du coronavirus chinois ou de la grippe (influenza), même s’il vient de Chine.

Alors que le Canada compte maintenant des cas de coronavirus, la Chine a adopté des mesures de quarantaine pour limiter la propagation de cette infection respiratoire dans la région de Wuhan, l’épicentre de la maladie. Cependant, la durée assez longue d’incubation du 2019-nCoV rend ces procédures aléatoires. Pour l’infectiologue Guy Boivin, chaque pays doit donc déployer des mesures de santé publique appropriées. 

Quelles mesures découlent directement des leçons apprises lors de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 et de la pandémie de la grippe H1N1 de 2009?

Depuis quelques jours, les équipes de soins des hôpitaux au Québec ont des protocoles précis à suivre concernant les maladies respiratoires sévères infectieuses (MRSI). Cela concerne directement les coronavirus comme le SRAS, le nouveau coronavirus de Chine, la grippe H1N1, la grippe aviaire. Le personnel infirmier peut consulter, sur des sites Web mis à jour, la liste des pays qui déclarent des cas. Actuellement, tout patient qui se présente à l’urgence avec des symptômes de toux, des difficultés respiratoires et de la fièvre se retrouve immédiatement dans une chambre à pression négative s’il a voyagé à Wuhan dans les 14 derniers jours. Ensuite, l’urgentologue l’évalue, lui fait passer une radiographie des poumons et effectue un test diagnostic pour vérifier s’il est porteur du coronavirus chinois. Comparativement à l’épisode de SRAS en 2003, les hôpitaux disposent de davantage de chambres d'isolement. Autre différence, la rapidité avec laquelle la Chine a partagé les séquences génétiques du nouveau coronavirus avec l’Organisation mondiale de la santé. Les Chinois l’ont identifié le 8 janvier et ont transmis l’information le 12 janvier. Le personnel soignant ici a donc accès à ces renseignements dans des banques de séquences. C'est important puisque les laboratoires disposent maintenant d’appareils pour effectuer des tests moléculaires rapides. En 1 heure seulement, on peut déterminer si le patient est atteint du coronavirus chinois ou de l'influenza, et, ce, même s’il vient de Chine. Les nouvelles mesures de santé publique appliquées à la lettre, comme isoler les patients et retracer ses contacts rapidement, vont donc contribuer à se débarrasser des nouveaux coronavirus.   

En quoi les coronavirus présentent-ils un potentiel dangereux par rapport aux autres virus s’attaquant au système respiratoire?

Pour l’instant, on ignore encore le danger du nouveau coronavirus pour la santé humaine et le type d’infection qu’il produit. On doit se rappeler que le taux de mortalité du SRAS tournait autour de 10%, contre 0,1% pour la grippe saisonnière, un virus qui se transmet davantage. Dans le cas du coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (NDRL, détecté en 2012 en Arabie saoudite), le taux était de 35 %. Plusieurs facteurs expliquent ces taux de mortalité élevés. D'une part, ce type de virus, notamment celui du SRAS, a tendance à se loger dans les récepteurs des voies respiratoires inférieures, comme les poumons. La grippe, elle, s’attaque aux voies respiratoires supérieures, c'est-à-dire le nez, la gorge et le pharynx. D’autre part, les coronavirus déclenchent souvent une forte réaction inflammatoire, que l’on appelle tempête de cytokines. Au début, les cellules infectées sécrètent ces substances pour attirer d’autres cellules, afin de combattre l’infection. Cependant, rapidement, cette réaction inflammatoire trop importante nuit au patient.

Dans le cas du coronavirus chinois, comme dans celui du SRAS, la maladie s’est transmise des animaux à l’humain. Comment limiter ce type de propagation?

Les marchés asiatiques où l’on retrouve des animaux vivants comme de la volaille (wet markets) favorisent les contacts tactiles directs entre les humains et les animaux. Cela favorise les zoonoses, les transmissions de virus de l’animal à l’humain. Les habitants de la Chine et de certains pays du Sud-Est asiatique sont très friands de ce genre de marchés, fermés temporairement lors des épisodes de H1N1. Pour le coronavirus, certains évoquent une transmission par le serpent, mais j’ai des sérieux doutes à ce sujet. On a aussi pointé du doigt la chauve-souris, mais ce genre d’animal n’infecte pas directement l’homme. C’est difficile pour l’instant de savoir la portée réelle des mesures de quarantaine prises par le gouvernement chinois pour limiter la propagation du virus. En effet, on ne connaît pas sa période d’incubation. Il faut donc que chaque pays prenne des mesures de santé publique pour contenir la maladie, tant dans les aéroports que dans les hôpitaux.



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