Chroniques

Trois questions à Véronique Provencher

Sur un nouveau logo alimentaire

Par : Pascale Guéricolas
Le gouvernement canadien veut imposer, d'ici 5 ans, un logo sur l'emballage de tous les aliments contenant plus de 15% de la valeur quotidienne maximale en gras saturés, en sucre ou en sel. Selon Santé Canada, cette mesure pourrait inciter les fabricants à modifier leurs recettes pour ne pas subir cette mauvaise publicité. Des experts de la Société canadienne de nutrition et de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), dont fait partie Véronique Provencher, étudient cette proposition. La professeure à l'École de nutrition se prononce sur l'utilité de ce logo pour lutter contre l'épidémie d'obésité.

Quelles informations supplémentaires le nouvel étiquetage de Santé Canada procurera-t-il aux consommateurs?


Actuellement, les fabricants d'aliments doivent obligatoirement indiquer la liste des ingrédients sur leurs étiquettes. Le tableau des valeurs nutritives, souvent situé à l'arrière de l'emballage, détaille, pour sa part, les teneurs en calories, en lipides et en protéines. Certains fabricants ajoutent aussi des mentions facultatives comme «faible en gras» ou «riche en fibres». Évidemment, les industriels dont le produit alimentaire contient beaucoup de sucre ne le spécifient pas. Voilà pourquoi Santé Canada propose d'apposer un symbole visuel clair qui se trouverait à l'avant du paquet. Il reste à savoir si cette approche a une véritable efficacité. Actuellement, les données manquent pour savoir si le consommateur va choisir les craquelins avec le logo «faibles en gras» parmi toute l'offre alimentaire. On ne sait pas non plus combien il en mangera. Certaines études montrent aussi que les acheteurs croient à tort que les produits affichant ce genre d'étiquette de couleur neutre seraient davantage «santé». En fait, il vaut mieux que les logos portent les couleurs des feux de signalisation – vert, orange ou rouge – pour aider les consommateurs à comprendre les informations nutritionnelles disponibles.

Informer les gens sur la valeur nutritionnelle des aliments qu'ils consomment à l'épicerie ou au restaurant a-t-il un effet dans la lutte contre l'obésité?


Les différentes études montrent qu'il existe des limites à la quantité d'informations qui seront considérées par un consommateur. En effet, de nombreux facteurs influencent nos choix liés à l'alimentation. Il suffit de penser aux goûts alimentaires de nos proches, à notre revenu, à notre éducation et au temps consacré à la cuisine. Par contre, de telles informations nutritionnelles ont des effets indirects intéressants. Parfois, elles incitent l'industrie alimentaire à revoir la composition de ses produits pour l'améliorer. Je pense, par exemple, à l'affichage des calories des produits vendus chez Starbucks. Autrefois, le consommateur recevait du lait 3,25% dans sa tasse de café. Depuis que les calories sont divulguées, la chaîne y verse du lait écrémé. De même, certains fabricants d'aliments préparés, comme les soupes en conserve, utilisent volontairement moins de sel. Il faut faire attention cependant à ne pas se lancer dans une reformulation trop draconienne du produit. Les consommateurs ont délaissé la soupe Campbell, dont le goût avait trop changé. De plus, certains ont tendance à saler davantage un aliment lorsque l'étiquette spécifie qu'il est moins salé.

Quelles sont les nouvelles pistes d'action en nutrition pour changer le comportement des consommateurs?


Au départ, la recherche était surtout axée sur l'éducation. Aujourd'hui, on cherche davantage à changer les environnements. On essaie, par exemple, de rendre les choix alimentaires sains plus faciles d'accès, que ce soit à l'épicerie ou en milieu de travail. Je m'interroge aussi sur la place qu'occupe l'alimentation dans notre façon de vivre. Les médias traitent beaucoup du point de vue nutritionnel, mais est-ce qu'on prend le temps de partager un repas en famille? Au travail, mange-t-on devant l'ordinateur? Notre relation aux aliments joue un rôle important en matière de comportement alimentaire. De plus en plus, les chercheurs abordent cette question d'une façon globale. D'un côté, par exemple, on recommande de manger davantage de poisson, mais, de l'autre, on vide nos océans. Il faut donc penser à la pêche responsable. Finalement, bien manger ne se limite pas à compter la quantité de gras ou de sucre consommée. Il s'agit d'une démarche beaucoup plus floue et intangible. Les nutritionnistes recommandent aussi aux gens de cuisiner davantage pour promouvoir la saine alimentation. Après tout, c'est la façon la plus efficace de contrôler les ingrédients utilisés.

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