Chroniques

Trois questions à Richard Bélanger

Sur les pesticides

Une commission parlementaire commence bientôt à l'Assemblée nationale du Québec pour examiner l'effet des pesticides sur la santé et discuter des solutions de rechange possibles. Titulaire de la Chaire de recherche en phytoprotection, Richard Bélanger effectue des recherches depuis 30 ans sur les maladies qui affectent les plantes.

Comment a évolué la consommation de pesticides au Québec et ailleurs dans le monde au cours des dernières décennies?


Dans les années 1990, certains politiciens s'engageaient à baisser de moitié l'usage de ces produits chimiques en 2000. Autant dire qu'ils se trompaient… Aujourd'hui, l'usage des pesticides demeure à peu près constant, notamment parce que les agriculteurs ont besoin de meilleurs rendements. La diminution de la superficie des terres arables les oblige en effet à produire davantage sur une plus petite surface. Le recours aux pesticides varie aussi selon le type de cultures. L'Amérique du Nord en consomme moins que l'Europe, où se pratique une agriculture intensive. Utiliser ces produits chimiques en grande quantité sur plusieurs dizaines d'hectares pour cultiver du blé, de l'avoine ou du canola, ce n'est pas très rentable. La réalité diffère sur de plus petites parcelles. La réglementation joue aussi un rôle. L'Espagne, par exemple, consomme beaucoup plus de pesticides que les autres pays européens, car la surveillance y semble moins sévère. Ailleurs dans le monde, on continue à utiliser le DDT, ce pesticide très puissant pourtant banni dans plusieurs États, dont le Canada. Sans le DDT, cependant, certains pays ne peuvent pas lutter efficacement contre la malaria, transmis par le moustique sous les climats chauds.

On parle de plus en plus des biopesticides. Comment fonctionnent-ils?


Ils exploitent les propriétés de l'ennemi naturel d'un insecte ou d'un champignon qui cause une maladie. Pensons par exemple à une levure capable de manger un champignon ou à une bactérie luttant contre une autre bactérie. L'agriculture biologique emploie également les biostimulants. Ils utilisent des produits naturels, comme des extraits d'algues, dotés de certaines propriétés préventives. C'est intéressant, mais cela ne règle pas tout. Le principal obstacle à l'implantation de tels produits reste leur taux d'efficacité et leur coût, comparés aux pesticides classiques. Les essais effectués en Colombie et aux Pays-Bas sur un biopesticide conçu à notre laboratoire de biocontrôle illustrent le phénomène. Les recherches montrent qu'à coût égal, les producteurs n'obtiennent pas les mêmes résultats qu'avec des produits chimiques. Par ailleurs, il faut reconnaître que l'industrie fait des efforts pour améliorer l'efficacité des pesticides et réduire leur nocivité. Désormais, une quantité aussi faible qu'un dé à coudre suffit pour traiter un champ d'une surface d'un acre, soit 0,4 hectare. Ce type de produit utilise aussi souvent des molécules naturelles synthétisées, pour qu'elles disposent d'une certaine stabilité et qu'elles aient moins d'incidence sur l'environnement. C'est le cas par exemple des strobilurines, la plus récente famille de fongicides. Il s'agit d'un produit extrêmement puissant, qui s'attaque à des caractéristiques très particulières des champignons et qui n'a pas d'impact sur les autres êtres vivants. Par contre, il existe un risque accru de résistance, comme dans le cas des antibiotiques.

Pour lutter contre les maladies et les insectes, faudrait-il recourir à d'autres méthodes que l'arrosage de produits chimiques ou biologiques?


Certains systèmes comme la rotation des cultures ont prouvé leur efficacité, mais posent par ailleurs des difficultés d'application. Je ne suis pas sûr qu'un agriculteur ayant à faire face à un problème racinaire dans le soya peut attendre sept ans avant de cultiver à nouveau cette céréale dans son champ. Surtout s'il s'agit de sa production la plus rentable. Une meilleure utilisation de la machinerie aide aussi les producteurs à mieux appliquer le produit. Il y a quelques années, seulement 5% des pesticides atteignaient leur cible, 95% ruisselaient sur la terre. En employant des pulvérisateurs plus sophistiqués et une charge électrique, les producteurs utilisent beaucoup mieux leur produit. Après 30 ans de recherche, j'ai l'impression cependant que l'avenir passe par la lutte génétique. Il s'agit de trouver les cultivars qui, naturellement, disposent d'une résistance aux maladies et aux insectes, puis les développer. C'est une méthode intéressante économiquement et pour l'environnement.




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