Chroniques

Trois questions à France Légaré

Sur la décision partagée en médecine

L’époque du paternalisme ou du maternalisme en médecine est révolue. Aujourd’hui, les patients s’engagent activement dans la prise de décisions concernant leur santé. Professeure au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la décision partagée et l’application des connaissances, France Légaré est l’une des responsables de la 10e Conférence internationale sur la décision partagée qui aura lieu du 7 au 10 juillet à l’Université Laval.

Quels sont les écueils ou les dangers concernant la participation des patients à prendre en main leurs traitements et dans certains cas, à faire un autodiagnostic?

D’abord, il est certain qu’on doit reconnaître le savoir qu’a le patient sur son propre état de santé. Ensuite, ce patient ne doit pas être laissé à lui-même. Dans cette optique, l’équipe médicale possède un savoir professionnel et scientifique dont le patient doit évidemment tenir compte.

Le premier écueil, c’est de confondre la décision partagée ou l’engagement du patient à l’égard de sa santé avec le modèle extrême de consommateur de soins de santé. Je m’explique. Quand quelqu’un demande à son médecin de lui prescrire tel ou tel médicament, ce n’est pas ce qu’on appelle une décision partagée. Par exemple, j’ai déjà reçu dans mon bureau un homme qui faisait de la musculation et qui voulait que je lui prescrive des stéroïdes anabolisants afin d’améliorer ses performances. Je lui ai parlé des risques de ces substances pour sa santé, sans oublier de lui souligner que c’était illégal de lui en prescrire dans son cas. Cela dit, il ne faut pas penser que la pratique de l’autodiagnostic est généralisée. Des études démontrent que les gens qui surfent sur Internet pour savoir de quelle maladie ils souffrent – et ultimement pour se traiter eux-mêmes – ne représentent qu’une minorité. Dans tous les cas, si les gens veulent obtenir une ordonnance, ils doivent passer par un médecin.

Quels sont les risques de l’autodiagnostic appuyé par des informations glanées sur Internet?

Cela peut générer de mauvais diagnostics ou encore des diagnostics erronés. Par exemple, une femme d’âge moyen qui a des bouffées de chaleur peut en conclure qu’elle est ménopausée. Une visite chez le médecin lui permettra toutefois de découvrir que ces symptômes sont liés à tout autre chose. Il y a également le risque de l’automédication. J’ai en tête un patient qui pensait souffrir d’une sinusite bactérienne et qui a commencé un traitement d’antibiotiques en prenant ceux qui se trouvaient dans sa pharmacie. En fait, il s’agissait d’une rhinite allergique due au pollen.

Il existe bien entendu des cas plus dramatiques, comme les personnes convaincues qu’elles sont atteintes d'un cancer et qui décident de se soigner elles-mêmes. Mais ceux et celles qui souffrent vraiment d’un cancer doivent obligatoirement passer par une équipe médicale pour recevoir des traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie.

Que penser de la complaisance de certains médecins à l’égard de patients revendiquant des traitements non reconnus?

J’ai l’habitude de nuancer les choses. Et la réponse à cette question demande beaucoup de nuances… Quand une personne nous consulte, on doit nouer une sorte d’alliance thérapeutique avec elle. On peut lui dire, par exemple, que cela nous apparaît raisonnable de faire un bout de chemin ensemble en entreprenant tel ou tel traitement. Il faut en mesurer les gains et les bénéfices. Le soignant est parfois dans une zone de guerre; il y a des lignes directrices à respecter, mais il y a également des choses qui vont le prendre par surprise et il devra composer avec cela.

Je compare parfois la situation du médecin à celle du météorologue. Les deux sont dans la probabilité. En effet, les météorologues ont beau prédire qu’il y existe 40% de probabilité qu’il fasse beau le lendemain ou 70% qu’il pleuve en après-midi, ils demeurent toujours dans le domaine de la probabilité.

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