Chroniques

Trois questions à Claude Dubé

Sur la vision d'aménagement proposée pour le secteur de Sainte-Foy

La Ville de Québec vient de dévoiler ses plans d’urbanisme pour l’aménagement du boulevard Laurier et de ses environs. Sur les esquisses, des espaces verts agrémentent les abords des tours à bureaux et à logement devant lesquelles déambulent de nombreux piétons. Le regard de Claude Dubé, doyen de la Faculté d'aménagement, d'architecture et des arts visuels et président du Comité d’aménagement et de mise en œuvre de l’Université, sur cet avenir radieux.

Q  Quelle est la part de réalité et de fiction dans la présentation des esquisses très soignées que les urbanistes et architectes présentent au public avec ces arbres déjà matures et ces rues animées?


R  Les esquisses présentées au public sont un message qui donnent le gabarit vertical ou horizontal des bâtiments ou des espaces verts. Il s’agit d’un véhicule présentant la vision de politiciens ou d’autres personnes, et non la réalité. C’est une opération de charme. Les outils dont disposent les designers sont à la fois très intéressants et très dangereux. Avant, on dessinait des perspectives avec de l’encre, aujourd’hui on a recours à des outils 3D. Dans tous les cas, il s’agit d’une image d’artiste, par des gens engagés uniquement pour les représentations graphiques, mais qui bien sûr ont des balises. C’est ce qu’on espère avoir comme ambiance dans un développement urbain, pour donner le goût d’y vivre comme l’écrivait le chroniqueur François Bourque. Les lignes sont très belles dans ces présentations grâce aux technologies utilisées, mais finalement rien n’est décidé de façon précise. Le fini de certains bâtiments de l’esquisse ne sera peut-être pas celui présenté, les trois quarts de l’image composée de verdure, de gens ne seront peut-être jamais là. C’est une très bonne indication par contre de ce qui s’en vient. Dans le cas du boulevard Laurier, cela nous donne la vision d’un quartier dont certains bâtiments auraient 27 étages. On voit enfin ce que cette hauteur donne, on peut donc réagir à la proposition.

Q  Est-il réaliste de penser que ce futur quartier pourrait abriter de nombreuses familles dans les 2500 logements à venir dans des tours sachant que les Québécois préfèrent souvent les habitations unifamiliales?

R  Oui, si l’on se rappelle que le plan a un horizon de 25 ou 30 ans. Les mentalités changent, les gens veulent rester au centre-ville, d’autant plus que Québec se définit comme une ville moyenne. Sainte-Foy se développe comme un autre centre-ville où la famille peut s’installer. C’est peut-être nouveau d’imaginer des familles dans des immeubles de 7, 10 ou 15 étages, mais il y a quelques années on n’imaginait pas des retraités dans des condos au quartier Montcalm ou ailleurs. Ce qui est important pour les familles, c’est que le plan prévoit des parcs, des services, des espaces verts, de la sécurité. Pour les logements sur le boulevard Laurier, il va falloir du triple vitrage pour arrêter les sons. Le bungalow n’est peut-être plus le rêve des jeunes. D’autant plus que si pour l’instant il reste encore des habitations de ce type encore disponibles à prix abordable, ce ne sera pas toujours le cas dans le futur. Lorsqu’ils auront été pris, il y aura sans doute un retour vers la ville. Ces plans-là sont donc un pari vers l’avenir.

Q  Comme architecte, quel regard portez-vous sur l'esthétique des nouvelles tours construites récemment dans le secteur du boulevard Laurier, notamment celle du complexe Alfred-Dallaire?

R  C’est un jugement très personnel. Ce bâtiment, comme plusieurs autres tours à bureaux des dernières années à Québec, s’inscrit dans une mouvance nord-américaine où la rapidité d’action et le rendement sont des éléments très importants pour les promoteurs. Ils recherchent un bon rapport qualité prix. Comme individu, ce genre de bâtiment ne me touche pas, cela me laisse un peu froid. C’est sûr que ce n’est pas un bâtiment qui va gagner un concours d’architecture. Ce n’est pas ce qu’on lui a demandé non plus. Il faut dire que les contraintes climatiques restreignent le nombre de matériaux que l’on peut utiliser ici. En Australie, on peut avoir des bâtiments fantastiques car le climat est toujours entre 5 et 30 degrés. Plus loin que ça, comme société on n’a pas imposé l’idée que les bâtiments commerciaux devaient avoir valeur de symbole comme bâtiments publics. Le parent pauvre au Québec en terme d’esthétique architecturale, ce sont peut-être les tours à bureaux. On s’attend  peut-être plus d’un bâtiment de musée qu’il nous interpelle, qu’il nous attire, qu’il nous fâche aussi.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!