Chroniques

Trois questions à Anessa Kimball

Sur les élections présidentielles américaines

Par : Pascale Guéricolas
Aux États-Unis, la course visant à choisir les candidats de la prochaine élection présidentielle n'en finit plus. Le 26 avril, des primaires auront lieu dans le Connecticut, le Delaware, le Maryland, la Pennsylvanie et le Rhode Island. Rien n'est encore joué, tant du côté démocrate que du côté républicain. Une situation rarissime qui fait ressortir les particularités d'un mode de scrutin très complexe. Voici les explications d'Anessa Kimball, professeure au Département de science politique.


Pour devenir le candidat représentant les républicains, Donald Trump doit disposer de 1 237 délégués. Est-ce envisageable?


Il est difficile de prévoir ce qui va se passer dans les prochaines semaines, car le mode de scrutin varie selon les États. Dans certains, le gagnant emporte tous les délégués, alors que dans d'autres, il s'agit d'un vote proportionnel. De plus, un tiers des États fonctionnent avec des caucus qui choisissent les délégués après plusieurs tours de scrutin, alors qu'ailleurs, on a recours aux primaires. Tout cela s'avère assez complexe, mais cette complexité s'explique: il s'agit d'éviter qu'un candidat ne manipule le système, d'autant plus que les besoins des États sont extrêmement différents d'une région du pays à l'autre. Le mode de scrutin par caucus permet aussi aux États peu peuplés de faire entendre leur voix. Dans l'hypothèse d'une victoire de Donald Trump, il faudra voir si les élites du parti pourront négocier avec lui à la convention républicaine de juillet prochain. Jusqu'à présent, ce candidat refuse de faire des compromis. Ce plus, il faut se rappeler que dans les dernières décennies, au moins un candidat républicain n'a pas été choisi au moment des primaires. Au cours de la convention républicaine contestée de 1976, Gérald Ford a bénéficié du soutien de Ronald Reagan, son principal opposant, car il manquait de délégués. Le suspense pourrait donc durer jusqu'à l'été.


Du côté des démocrates, quel rôle jouent les super délégués pour le choix d'un candidat?


Les super délégués proviennent de l'establishment du parti. Ils servent surtout à assurer une certaine continuité. Il s'agit principalement d'élus, de cadres du parti ou de personnes qui ont joué un rôle politique important, comme Madeleine Albright (ancienne secrétaire d'État sous l'administration de Bill Clinton, NDLR). Toutefois, même s'ils ont promis leur vote, ces délégués peuvent changer leur choix à la dernière minute, car ils n'ont aucune obligation. Ils n'ont pas le droit d'accepter d'argent; ils peuvent, par contre, se voir proposer un poste à Washington dans le but d'influencer leur vote. Bref, tout est sur la table! Jusqu'à présent, une bonne partie de ces super délégués votent, en théorie, pour Hillary Clinton: 479 sur 712 penchent pour elle et 31 pour Bernie Sanders, mais plus de 200 ne se sont pas encore prononcés. Certains attendent de connaître le résultat du scrutin de leur État avant de faire leur choix final. De plus, parmi les dernières primaires qui se tiendront en juin, on retrouve, par exemple, celle de la Californie, qui compte 71 super délégués. Notons que certains délégués viennent aussi de territoires situés à l'extérieur des États-Unis, comme les Îles Vierges, l'île de Guam ou Porto Rico.


Que pensez-vous de ce mode de désignation de candidats alors que la course est très serrée?


Beaucoup se plaignent actuellement de ce système et de sa complexité. Par exemple, il existe des États où les électeurs peuvent s'inscrire sur les listes du parti la journée même du scrutin. Ailleurs, il faut s'inscrire six ou sept mois à l'avance. Dans les États où les inscriptions sont très tardives, cela favorise le vote de personnes qui ne sont pas engagées habituellement dans la vie du parti. C'est d'ailleurs ainsi que Bernie Sanders a pu mobiliser de nombreux nouveaux démocrates. Au fond, cette campagne très compétitive a mis en lumière les clivages qui existaient depuis longtemps dans les partis. Auparavant, ces divisions restaient relativement cachées, car il n'y avait pas de personnalités anti-establishment, comme Donald Trump ou Bernie Sanders, qui se lançaient dans la course. Tout cela fait en sorte que dans la campagne actuelle, les électeurs se demandent si leur parti représente bien leurs préférences en matière de candidat.

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