Arts

Une image vaut mille maux

Des étudiants du baccalauréat en arts visuels mettent au jour  malaises et tourments à la salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins

Par : Pascale Guéricolas
Généralement, les étudiants en arrivant à l’Université explorent leur nouvel univers et attendent quelques sessions avant de s’impliquer. Sandra Caissy, Jessica Morin et Catherine Morin ont choisi de faire mentir la tradition en se jetant corps et âme dans l’organisation d’une exposition collective, dès le premier mois de leur baccalauréat en arts visuels. Une exposition qui, elles l’espèrent, créera des remous et provoquera des réactions. Il faut dire qu’elles ont choisi un thème leur tenant à cœur: celui des émotions intérieures, des tabous que l’on n’ose exprimer. «Déjà, au cégep, je sentais que l’art que pratiquaient les étudiants était souvent sombre, étant donné le manque de place que leur fait la société, remarque Catherine Ferland. Pour moi, ce thème des «maux sans lettres» parle de l’impuissance de communiquer ses problèmes, de l’impuissance, de la souffrance, de la rage intérieure qu’on peut ressentir.»

Le trio a donc fait un appel aux étudiants de l’École des arts visuels et retenu dix œuvres de grande dimension pour leur exposition. Le petit nombre de tableaux, d’installations, de photos et de sculptures met en valeur chacune des œuvres afin que le public puisse y réfléchir en toute quiétude. Certains des tableaux, comme celui de Marylou Fortier, Ces maux que l’homme ne comprend pas, peuvent avoir plusieurs sens. À première vue, la photo du visage dévasté d’un bébé en état de crise sur différentes bandes colorées traduit simplement sa colère à se faire comprendre. L’ajout d’un texte écrit en japonais pousse cependant un peu plus loin le message. Facile dès lors de penser à ces gens murés en eux-mêmes dont personne ne parvient à déceler les problèmes, ou encore aux difficultés de communication si présentes chez le genre humain.

L’eau-forte d’Édouard Champoux se lit également de différentes manières. En montant quatre photos d’un simple balcon entre deux bâtiments et en le transférant sur des plaques de zinc, cet étudiant finissant au bac en arts visuels a réussi à donner un aspect vieillot à un cliché d’aujourd’hui. Le gros grain et les lignes un peu floues de cette gravure font d’elle un objet presque social, à la manière des photographes de l’après-guerre parcourant les quartiers pauvres. Son créateur, lui, voit un visage émerger de cette construction architecturale. «Il surgit, comme une trace vivante à travers l’architecture, dit-il. Peut-être s’agit-il d’une allégorie de la présence humaine qui a du mal à faire sa place dans le paysage urbain, je ne sais pas…»

Dans son installation, Stéphane Bernard s’est amusé, lui aussi, à brouiller les pistes. À première vue son mannequin féminin, menacé par un tuyau d’arrosage élevé dans sa direction, pourrait fort bien symboliser une femme agressée ou abusée. D’autant plus que le fameux tuyau vient d’un tronc d’arbre, souvent utilisé comme symbole masculin. «C’est vrai que les affiches, les publicités utilisent souvent le corps féminin comme un objet, remarque cet étudiant en enseignement des arts visuels. Cependant, on peut voir aussi chacun des éléments masculin et féminin du paradis terrestre comme une combinaison des deux arbres de la connaissance et de la vie, puisque le mannequin porte les pommes…» Une visite s’impose pour laisser ses émotions s’exprimer librement devant ces maux que l’on préfère souvent ignorer.

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