Arts

Un homme et son ombre

Le processus de création de Robert Lepage constitue un pas en direction de l’imaginaire infini

Par : Renée Larochelle
Robert Lepage dans Le projet Andersen: «Est-ce que le public nous suit'»
Robert Lepage dans Le projet Andersen: «Est-ce que le public nous suit'»
En décembre 2004, Chantal Hébert, professeure au Département des littératures et férue de théâtre, a eu la chance d’observer de près le travail du dramaturge Robert Lepage, alors en plein processus de création de son spectacle Le projet Andersen. Dans le grand studio de la Caserne Dalhousie, elle a pris des notes, telle une ethnologue sur le terrain, attentive aux rapports qui se créaient entre les membres de la compagnie Ex Machina et son illustre fondateur, assistant lentement mais sûrement à l’éclosion d’une œuvre qui a fait depuis le tour du monde. Dans un article paru récemment dans Voix et Images, revue consacrée à la recherche en littérature québécoise, Chantal Hébert rend compte de l’expérience exceptionnelle qu’elle a vécue. «Robert Lepage est quelqu’un de très calme, explique la professeure. Il est très à l’écoute des techniciens, des comédiens, de ses collaborateurs, et ne cherche jamais à imposer sa vision. La hiérarchie classique du metteur en scène en haut de la pyramide avec les techniciens en bas et les comédiens au milieu n’existe pas chez Lepage. Cependant, c’est toujours lui qui arrête les derniers choix.»

On le sait: l’homme accorde une large place à l’improvisation dans le processus de création. «Dès la première séance de travail du Projet Andersen, raconte Chantal Hébert, Robert Lepage, qui ne sait pas exactement de quoi sera fait le spectacle, n’ignore pas pour autant les enjeux esthétiques et les motifs qui l’intéressent comme le voyage, l’art, la sexualité, la drogue, les relations amicales et les histoires familiales. Lepage annonce aussi qu’il sera question d’un chien psychologiquement troublé invisible tout le long du spectacle. Il évoque également des idées de personnages et parle des thèmes qu’il aimerait voir traiter dans la pièce, en l’occurrence la beauté et la laideur, la réalité et la fiction, le romantisme et la modernité. Tout au long de cette première journée, Lepage développe des bribes d’histoires qui tiendront ou ne tiendront pas la route, c’est selon.»

«Est-ce que le public nous suit?»
Le reste tient de la magie propre aux spectacles signés Robert Lepage. «S’il est une chose dont les créateurs d’Ex Machina ne semblent pas douter le moins du monde, souligne Chantal Hébert, c’est bien de la pertinence et de la richesse de la récupération et de la transformation d’images de toutes sortes. Lors d’une séance de travail, Robert Lepage dira d’ailleurs que "l’avenir est dans Photoshop".» Un autre élément frappant chez l’homme est qu’il fait confiance au spectateur quant aux liens à faire dans ses spectacles. Ce qui n’empêche pas qu’il a le souci constant d’éclairer le spectateur de sa lanterne magique pour éviter qu’il se perde sur le chemin de l’ombre et de l’incompréhension. «Lorsqu’on lui propose des choses ou qu’il expérimente des voies nouvelles, dit Chantal Hébert, Lepage soulève à maintes reprises l’interrogation suivante auprès de ses collaborateurs: "Là, est-ce que le public nous suit"?»

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